
Il habitait au bout de la rue, dans une maison couleur de pluie. Il disait non quand on disait oui, et oui quand personne ne l'avait prévu. Le boulanger le trouvait étrange, le voisin disait qu'il parlait trop. Mais lui répondait, devant son café : « Je préfère être seul que faux. » Il disait non, non, non, quand le monde disait oui. Il disait non, non, non, et dormait très bien la nuit. On le trouvait un peu bizarre, on le trouvait même têtu. Mais quand chacun suivait la foule, lui savait pourquoi il ne suivait pas. Un jour la fille du pharmacien lui demanda pourquoi il vivait seul. Il lui répondit : « J'attends quelqu'un qui ne me demandera pas d'être un autre. » Elle a souri, s'est assise à sa table, et ils ont parlé jusqu'au matin. Depuis ce jour, dans la petite rue, on entend deux voix au fond du jardin. Il disait non, non, non, quand le monde disait oui. Il disait non, non, non, et dormait très bien la nuit. On le trouvait un peu bizarre, on le trouvait même têtu. Mais quand chacun suivait la foule, lui savait pourquoi il ne suivait pas. Maintenant les voisins racontent qu'il n'est plus le même qu'avant. Moi, je crois plutôt qu'il a trouvé quelqu'un qui l'écoute vraiment. Il dit encore non, non, non, mais il sourit davantage. Et quand le monde dit oui trop fort, il ferme doucement les volets. On peut bien parler dans la rue, on peut bien compter ses défauts. Il a trouvé ce qu'il cherchait : une maison, une femme et du repos. Au bout de la rue, quand vient le soir, deux tasses refroidissent sur la table. Et pour la première fois de sa vie, son vieux « non » ressemble à un « oui ».

