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𝗧 | 05 • L’Ombre du Sable

Le sable recouvre les traces Les noms, les visages Le soleil consume les promesses Les souvenirs deviennent mirages J’ai marché des lunes entières Sous des cieux de cuivre et de feu Les dunes avalent les repères L’espoir ferme peu à peu les yeux Et cette lumière à mon poignet Brille d’un éclat différent Vestige du jour où j’échappais À l’île et son emprisonnement… Mais des regards me suivaient… Dans le silence entre les battements Dans les ombres entre les rochers Comme un regard omniprésent Qui refusait de me lâcher Chaque blessure, chaque chute, chaque cri Épiée sans relâche, de jour comme de nuit… Je fuis les ombres Je cours loin des tours et des lumières Loin des machines, loin des frontières Je fuis les ombres Je ne fais confiance qu’au désert À son vent brûlant, à sa colère Les yeux derrière les étoiles Me cherchent sous le voile Je fuis les ombres Avant les sables, avant la cendre Il y avait une île oubliée Je revois encore cette silhouette Courant vers l’horizon brisé Un homme… Le souffle court, fuyant sa cabane Traqué par une bête sans nom Des griffes comme des lames Déchirant la jungle à l’unisson Je l’ai vu disparaître Avalé par la brume et le vent Puis le silence renaître Tel une porte claquant lentement Pourquoi nous sommes là Pourquoi nous tombons Pourquoi certains reviennent Quand d’autres jamais ne rentreront J’ai vu son ombre glisser sur les pierres brûlées Une aile sur le soleil, le ciel s’est refermé J’ai couru sans réfléchir, sans regarder derrière Quand le rugissement a déchiré l’atmosphère Wyvern dans les hauteurs, crocs d’orage et de feu Ses yeux cherchaient mon souffle, sa faim cherchait mes yeux J’esquivais les ravins, les cactus, les carcasses Le sable dans les poumons, le sang qui se glace Elle tournait, elle plongeait, elle revenait encore Comme un jugement tombé des entrailles du décor Chaque battement d’ailes faisait trembler les falaises Chaque seconde gagnée ressemblait à une prouesse Pas de tribu, pas d’abri, pas de nom à protéger Seulement mes cicatrices et ma peur d’être repérée Car si la bête m’attrapait, ils pourraient me retrouver Je préfère le prédateur à la peur d’être observée Sha’dor… Sha’dor… Ta-Sahen em kharet… Sha’dor… Sha’dor… Seneb akh ren meset ! Je deviens l’ombre Je cours loin des tours et des lumières Loin des machines, loin des frontières Je deviens l’ombre Je ne fais confiance qu’au désert À son vent brûlant, à sa colère Les yeux derrière les étoiles Me cherchent sous le voile Je deviens l’ombre… Je les reconnais Les obélisques dressés vers le ciel Gardiens de souvenirs blessants De leurs vices je garde les séquelles De mes amis aujourd’hui absents Je contourne leurs présences Je disparais avant la venue du jour Car lorsque le soleil avance Leurs ombres me chassent à leur tour Seule Depuis trop longtemps Les réponses se dissolvent Comme du sel dans l’océan Puis une voix… Mise… à jour… Chargement… du spécimen… en cours… Je suis une ombre Le silence vient de se briser Quelque chose s’éveille sous mes pieds Je suis une ombre Une porte ouvrant l’obscurité Et le monde peine à respirer RISE ! Shadow !! Les dunes renvoient l’annonce Comme un écho résonnant Vers le son de cette voix je fonce J’n’abandonnerai pas maintenant Plus rien autour de moi Le vent s’est tu… Et pour la première fois Je veux être vue…