
Aujourd’hui, grand exploit : je ne fais rien. Mais attention… je le fais très bien. S’ennuyer comme un brochet dans le tiroir d’une commode, ça demande un vrai projet, une méthode, presque un code. Le soleil tape sur les tuiles, le bitume fait du bouillon. Même les pigeons sont immobiles, posés comme de vieux cartons. Le ventilateur fait semblant de sauver la population. Moi je transpire lentement avec beaucoup d’application. Mon planning fond sur la table, mes idées prennent congé. J’ai dit : “Soyons raisonnable, il fait trop chaud pour exister.” J’ai la flemme olympique, la glande panoramique. Le moral en chaussons, et le tempo du cornichon. J’ai la flemme magnifique, le repos stratégique. Je laisse courir les gens pressés, moi je prends le temps de traîner. J’ai voulu faire la vaisselle, mais l’éponge avait l’air fatiguée. Par respect pour son modèle, j’ai préféré la ménager. J’ai pensé faire quelque chose, mais l’idée m’a fatigué. Alors j’ai pris une pause avant même de commencer. J’avais prévu du vélo, le mollet patriotique. Mais les pneus étaient trop mous, par solidarité physique. J’y ai vu, je dois l’avouer, un vrai signe de fraternité. Quand ton vélo veut glander, il faut savoir l’écouter. J’ai la flemme olympique, la glande panoramique. Le moral en chaussons, et le tempo du cornichon. J’ai la flemme magnifique, le repos stratégique. Je laisse courir les gens pressés, moi je prends le temps de traîner. J’étais calé dans le transat, mon pastis faisait salon. Le glaçon, petit diplomate, négociait avec le citron. Et là : ding ! mail du boulot, “urgent”, “merci”, “sans délai”. Toujours un con dans le réseau pour venir m’emmerder l’été. J’ai regardé la notification, elle avait mauvaise haleine. J’ai dit : “Pour toute réclamation, adressez-vous à ma flemme.” La télé m’a regardé, plus que je ne la regardais. On était deux à fonctionner, mais c’est elle qui travaillait. On me parle rendement, réveil, courage, discipline. Moi je dis : “Doucement, je suis en fonte alpine.” Le monde veut que je m’agite, que je gagne, que je produise. Moi je pratique le mérite en position demi-banquise. J’ai la flemme olympique, la glande panoramique. Le cœur en mode pause, et le cerveau qui prend la pose. J’ai la flemme magnifique, le repos stratégique. Si demain vient me chercher, dites-lui que je suis couché. Ne me réveillez pas. J’étudie la lenteur. C’est scientifique. Enfin… presque.

