
30. Équinoxe
Elle courait à perdre haleine à travers les près et les champs, Son temps était venu. Il était assoupi sous les hautes branches d’un vieux chêne, Son temps s’enfuyait. Dans son sillage, elle ne laissait que jeunes pousses et bourgeons. Il déposait encore quelques fines paillettes de glace au matin. Elle ramenait de pays lointains, les cygnes et les oies sauvages. Il lui arrivait parfois de souffler à pleins poumons, une bise glaciale. Dans tout son corps en ébullition, frémissait la vie. Ses forces l’abandonnaient tel un vieillard sans espoir. Elle jaillissait, ruisseau en cru, de par les chemins. Il était impuissant à empêcher ce jaillissement soudain. Elle arriva au grand chêne, ses cheveux blonds tels des soleils. Il la regarda ébloui et, il lui sourit de ses dents blanches. Elle plongea son regard brillant de cette éternelle flamme dans le sien. Ivre du bonheur de se retrouver enfin, à corps perdus, Ils s’enlacèrent, s’étreignirent, lui dans elle, elle dans lui. Il se plongea tout entier dans son regard et s’y fondit. Elle lui sourit et murmura : « Je t’aime Hiver. A l’année prochaine » Elle ferma ses paupières et lui déposa un baiser. Une larme perla au coin de son œil. Une larme gela dans un dernier soupir. Elle courait à perdre haleine à travers les près et les champs, Son temps était venu

