
[Monsieur Hibou] Candidature refusée… Candidature ignorée… La porte se referme… Autour de moi, béton et visages blafards Silhouettes sages, noyées dans le hasard Aucun regard se décroche Aucune chaleur se rapproche Alors, c’est tout, je décolle, Car ici, tout s’érode et s’étiole Je m’envole de ce monde de fou. Je retourne me cacher dans mon trou, Mes ailes sont râpées par la ville en poussière Trop de plumes laissées dans leurs cités de lumières Je regarde derrière, les tours deviennent cendres Forêts de béton — je n’ai plus rien à défendre. Moi, Monsieur Hibou, j’avais brisé ma cage Gravé quinze éclats d’orage en guise de message Un cri brut, une révolte, sans filtre, sans costume Quatre chapitres en feu, dix mille volts dans la brume J’ai parlé d'IA, de rupture, de fractures D’algorithmes ternes qui taisent les blessures Mais ma voix s’est noyée dans les flux continus Résultat : quelques ombres… et le reste… disparu J’ai tout livré sans armure, sans bannière, sans clan Partagé sur les réseaux sans paillette ni faux-semblant Je croyais que l’audace fendait les murailles L’algo m’a regardé… puis laissé sans un bail Même dans le réel, rares ont été les tenaces, Au delà, que des écoutes lasses et fugaces. Du bout des lèvres, quelques encouragements. Mon chant n’était qu’une goutte dans l’océan. Alors je rentre au nid, j’enterre mes silences Si l’horizon n’est qu’un verre sans transparence À quoi bon battre l’air dans un ciel qui s’en fout? À quoi bon veiller si seul le vide se dévoue? [Monsieur Hibou] Une ombre traverse ma fuite radicale Son regard clair me croise en spirale Je reconnais son air, son vol, son signal, MC Chouette, une voix intérieure, amicale. [MC Chouette] Hibou, veilleur, ton plumage est froissé, Ton ramage fané et ton bec fêlé. Je vois des larmes perler dans tes yeux. Que fuis tu? Que laisses tu à mille lieux? [Monsieur Hibou] Je fuis l’indifférence. Je quitte le bruit et le silence. La folie où tout ce qui buzz, C’est la bêtise et la violence. [MC Chouette] Hibou, laisse moi deviner Ils ont scrollé. Puis ils ont passé. Tu croyais vraiment que t’allait percer? Quinze sons, et tout s’enflammerait? Hibou… Tes chants valent mieux que ça. Ce que t’as à dire, c’est pas pour l’éclat. Ce que t’écris, tu sais qu’ça va plus loin Que l’écume des jours sans lendemain. Et si ton combat n’était pas d’être vu ? Et si ta vérité n’attendait aucun dû ? Si personne n’écoute, est-ce que tu mens ? Et si tu ressens, est ce déjà suffisant? Hibou, tu ne joues pas dans la même cour. Certains voyagent sans aller ni retour Toi ton parcours est en toi et au dehors. Ton œil voit le réel, et le réel te dévore. Hibou, le monde n’est pas ton miroir Il n’a pas besoin de refléter ton désespoir Ton cri n’est pas vain, même s’il échoue dans le vent Même dans le noir, il sème un courant vivant Le froid des absents n’efface pas tes flammes Ce que tu portes, c’est plus grand que tes drames Tes ailes sont abimées, mais ton regard est clair, Ton chant porte encore ceux qui n'ont plus de lumière. [MC Chouette] Ne pars pas, Hibou, le ciel n’est pas vide Il attend que tu traces ta ligne intrépide Retourne toi, oublie ton nid, va de l’avant Les ombres sont là, ton regard les attend. [Monsieur Hibou] Merci MC, tu m’as fait comprendre quelque chose, Peu importe mes blessures, mon arme est que j’expose. Que mes ennemis, intérieurs, extérieurs, explosent. Ok, j’y retourne, peu importe l’overdose. [MC Chouette] Son regard se fixe, Monsieur Hibou… déterminé. Comme s’il était en train de se régénérer. Il plane doucement, ralentit, puis fais demi tour, Il repart, vol assuré, vers les gris faubourg. [Monsieur Hibou] C’est décidé, j’continue — mais j’change la trajectoire. Fini les détours polis, fini d’quémander l’espoir. J’vais pas m’crever à plaire, à lisser, à séduire, Puisque personne prend le temps de me lire. Maintenant c’est frontal. Brut. Sans détour. J’écris pas pour l’ambiance — j’écris pour fissurer les tours. Plus de souhait factice, plus de rêve en plastique, À partir d’maintenant, chaque mot sera politique. Pas politique de tribune — politique d’existence. Dire ce qui importune, tout ce qui dérange. Si ça plaît pas, tant pis. Si ça choque, tant mieux. J’cherche pas l’algorithme — j’vise le nerf, le feu. J’détourne les machines. J’en dérègle les modes, Outro à la place de l’intro, et bat les codes. Des textes trop longs, trop denses, qui désignent, Des titres de quarante-deux minutes jusqu’à c’qu’un modo coupe la ligne. J’vais pas juste viser des ombres ou des silhouettes, J’vais nommer les rouages, les vis, les recettes. Pas pour brûler des hommes — mais leurs mécaniques, Pas pour hurler des noms — mais démasquer leurs logiques. Parce que la cible n’a pas toujours de visage, Parfois c’est un confort, parfois c’est juste un usage. Parfois c’est moi, quand j’me laisse dériver, Quand j’cherche l’écho plus que la vérité. Cette fois ci, plus aucune retenue. Aucun retour prévu, ni aucune main tendue. Juste planter la plume dans le mal qui ronge nos choix. Et surtout… plus rien à vendre à qui que ce soit. [Intro?] Ceci n’est pas un appel à l’audimat. Ceci n’est pas un produit. Il n’y a rien à vendre ici. … Bilan terminé. Nouvel album lancé. Bilan terminé. Nouvel album lancé. Bilan terminé. Nouvel album lancé. Son nom: hAIne-Mi.

