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Tout est là, rien n'est passé, rien n'arrivera

V6

[Intro – Voix féminine, presque parlée, piano grave et quelques notes de cloche] Elle se réveille.\ Dans sa bouche, le goût d'un adieu.\ Sur le parquet, des fleurs mortes.\ Dans le berceau, un enfant qui rit. Elle n'a jamais eu d'enfant.\ Elle n'a jamais dit adieu. Dehors, le soleil se lève\ sur une ville qui brûle depuis toujours. [Couplet 1 – Narratif, mystérieux] Elle sort dans la rue, les maisons ont des paupières,\ Les fenêtres la regardent comme on regarde une rivière.\ Un boulanger lui tend un pain couvert de cendres :\ « Tu me l'as pris tout à l'heure. »\ Mais tout à l'heure n'existe pas. Au coin, un homme porte un miroir fendu,\ Dans chaque éclat, un visage qu'elle a perdu.\ Il lui dit : « Tu m'as promis de revenir. »\ Elle répond : « Je ne t'ai jamais vu. »\ Il répond : « Tu es en train de partir. » Elle cherche la date au fond de ses poches,\ Mais ses poches sont pleines de petites horloges\ Qui battent comme des cœurs,\ Sans avant, sans après,\ Juste le bruit des choses\ Qui n'ont jamais cessé. [Pré-refrain – Anaphore, montée de tension] Elle cherche le premier pas,\ Elle cherche la première faute,\ Elle cherche le premier cri\ Sous la cendre et sous la peau. Mais la cendre est encore chaude,\ Mais le cri traverse les murs,\ Mais la faute a son visage\ Et ce visage, c'est le sien. [Refrain – Mémorable, chœurs en réponse] Tout est là, rien n'est passé,\ La porte ouverte, le cœur fermé.\ Tout est là, rien n'est demain,\ Le mal qu'on fait, le bien qu'on retient. Tout est là, rien n'est passé,\ La main qui frappe, la main tendue.\ Tout est là, rien n'est demain…\ **Qu'est-ce qu'on fait de nos mains ?** [Couplet 2 – Le conte prend forme] Au milieu de la place, une fillette dessine\ Un arbre dont les racines poussent vers les cimes.\ Elle dessine une branche, puis une autre, puis le feu,\ Et sous l'arbre, une femme qui lui ressemble un peu. « Pourquoi l'arbre brûle-t-il ? »\ La fillette hausse les épaules :\ « Parce que tu verses de l'huile\ Et parce que tu cries trop fort. » La femme s'agenouille.\ Elle reconnaît ses mains.\ Elle reconnaît la jarre,\ Le tissu, la flamme, le chemin. Ce n'est pas un souvenir.\ Ce n'est pas une prophétie.\ C'est le geste qui se tient devant elle,\ Et tout ce qu'il contient. Elle tend les bras vers la fillette.\ Mais la fillette recule :\ « Tu veux me sauver de l'incendie\ Ou de celle qui l'allume ? » [Refrain – Plus rythmé, presque scandé] Tout est là, rien n'est passé,\ La porte ouverte, le cœur fermé.\ Tout est là, rien n'est demain,\ Le mal qu'on fait, le bien qu'on retient. Tout est là, rien n'est passé,\ La main qui frappe, la main tendue.\ Tout est là, rien n'est demain…\ **Qu'est-ce qu'on fait de nos mains ?** [Pont – Rupture musicale, voix seule] Elle comprend enfin :\ La ville n'est pas un tribunal.\ Personne ne l'a condamnée.\ Personne ne l'a absoute. Les visages ne sont pas des fantômes,\ Ils sont les êtres qu'elle touche.\ Le pain qu'elle vole.\ L'enfant qu'elle protège.\ L'homme qu'elle écoute.\ La flamme qu'elle éteint. Elle ne peut pas remonter la rivière,\ Elle ne peut pas retirer l'huile de la jarre.\ Elle peut prendre l'enfant.\ Elle peut rendre le pain.\ Elle peut écouter l'homme\ Jusqu'au bout de sa phrase. Et pour la première fois,\ Elle ne cherche plus\ À savoir si elle est coupable. Elle regarde ce qui est là. [Dernier refrain – Chœurs, guitare et percussions, crescendo] Tout est là, rien n'est passé,\ La porte ouverte, le cœur fermé.\ Tout est là, rien n'est demain,\ Le mal qu'on fait, le bien qu'on retient. Tout est là, rien n'est passé,\ La main qui frappe, la main tendue.\ Tout est là, rien n'est demain…\ **Qu'est-ce qu'on fait de nos mains ?** [Outro – Piano, voix murmurée] Le soleil se lève.\ La ville brûle encore. Elle prend la fillette dans ses bras.\ Elle court vers la rivière. Et dans ce monde\ Où rien ne passe,\ Une goutte d'eau\ Tombe enfin sur la flamme. Tout est là. Mais cette fois,\ Elle aussi.