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J’ AURAIS AIMÉ

V5.5

J’aurais aimé… Comme on regarde un train passer Avec ce drôle de goût dans la bouche De tous les départs qu’on n’a jamais pris… J’aurais aimé courir l’enfance Les genoux râpés sur l’insouciance User mes étés dans les batailles de rue Et laisser le soleil décider de nos secrets J’aurais aimé sauter plus haut que les nuages Compter jusqu’à dix avant les grands voyages Jouer aux cowboys et aux indiens. Et perdre aux billes d’un éclat puéril Un… deux… trois… soleil… Comme partout sur Terre les enfants se réveillent Avec des royaumes cachés sous leurs semelles Et des univers entiers dans une pelle, un château J’aurais aimé Faire partie du bruit De ces petits camarades Qui grandissaient sans faire attention à la vie… Puis l’âge où le cœur Commence à écrire trop vite Où les silences des filles Deviennent des billets doux J’aurais aimé connaître ces frissons naïfs Les conversations qui dérivent Rire trop fort dans les couloirs du lycée Et faire semblant de ne pas regarder En espérant qu’un miracle me choisisse enfin Mais leurs regards prenaient d’autres directions Moi j’étais derrière une étrange prison Comme un jardin qu’on admire à travers la vitre Invisible présence… impossible chapitre Mon corps parlait une langue différente Et dans ce bal des évidences brûlantes Je voyais passer les débuts de l’amour Comme on regarde un bateau quitter le port un jour J’aurais aimé… J’aurais aimé ce premier tourbillon grisant Celui qui fait trembler les certitudes Moi maladroit, une fille le feu aux joues J’aurais aimé un premier baiser Sentir mon monde se renverser Comme dans les films qu’on regarde trop jeune En croyant qu’aimer nous couronne Et peut-être croiser quelque part Celle qu’on appelle un peu trop tard La bien-aimée des contes fragiles Qui dessine des futurs impossibles Qu’elle me prenne la main Sans voir les frontières Et qu’on invente ensemble Un chemin vers la lumière Puis la vie m’a offert Le plus grand des trésors Ces petits êtres fragiles Qui donnent un sens au décor J’aurais aimé partager leurs élans Courir derrière eux comme fait le vent Faire du patin, tomber avec eux Rire du monde et des genoux bleus J’aurais aimé grimper les montagnes Porter leurs rêves dans mes campagnes Les hisser haut perchés sur mes épaules Et traverser le temps sans accroches Les prendre dans mes bras en courant Sentir leur enfance battre dedans Être ce refuge fort et solide Sans négocier avec le quotidien Mais parfois certains chemins terrestres Ont des cadenas un peu trop austères Et mon horizon restait souvent Quelques pas derrière leurs printemps… Mais j’ai aimé… Oh oui… j’ai aimé autrement Le soir leur inventer des histoires Faire naître des galaxies dans le noir Chercher les monstres sous le lit Et leur apprendre qu’on tombe parfois J’ai aimé être cette présence Patient gardien des évidences Les écouter douter Les voir essayer Les accompagner dans leurs études Transformer leurs peurs en certitudes Être ce phare discret, constant Même quand tanguait l’océan du temps J’ai aimé les voir grandir Apprendre à tomber puis repartir Et comprendre qu’on peut donner sa force Même quand le destin change la course… Alors oui… J’aurais aimé tant de choses… Des gestes simples Des éclats banals Ces petits miracles ordinaires Que certains trouvent presque normaux J’ai connu parfois Le découragement Les silences trop lourds Les combats épuisants Et parfois… Oui, J’ai pleuré… Pas seulement pour ce que la vie m’a refusé Mais pour tous ces moments Que j’aurais tant voulu vivre autrement… Et pourtant… Si c’était à refaire Je garderais intact Chaque battement d’amour Parce qu’au fond… Je n’ai pas vécu tout ce que j’aurais aimé… Mais j’ai aimé… De tout mon cœur. ©️ @elaine_ln/LnP. Tous droits réservés.