Hoy vamos a bailar al ritmo de la guitarra y a repasar un poquito de geografía. De Taiwán a México, del Congo a China, del cartón al falso cocodrilo!! ¡Olé! Bailemos, riámonos un poco, y movamos nuestros culitos. Mesdames, messieurs, approchez, approchez. Authentique imitation, véritable faux prestige, livraison comprise. Olé. J’ai mis ma veste de lumière, achetée trois fois sans frais. Elle brille comme une frontière entre le chic et le toc. Mes bottes font du flamenco sur du plastique verni. J’ai l’air d’un prince en promo dans un royaume sans garanti. La guitare vient de loin, mais elle connaît l’Andalousie. Elle a traversé les océans dans un carton trop petit. On m’a dit : “C’est une affaire, ne regarde pas trop l’étiquette.” Moi j’ai regardé par derrière, j’y ai vu tourner la planète. Olé ! T’as vu ma guitare ? Made in Taiwan, elle chante Séville avec trois cordes en plastique. Olé ! T’as vu mon sombrero ? Made in Congo, il promet Mexico en carton promo. Olé ! T’as vu mon grand style ? Made in China, faux crocodile garanti sans marécage. Olé ! Tourne, tourne encore, tout vient de partout. Même mon décor ne sait plus d’où. J’ai commandé du caractère avec retour gratuit. Un petit air de mystère emballé sous plastique gris. Le poncho sent la corrida, le soleil et le long détour. Mais sous ses franges de fiesta, j’entends tousser les Ouïghours. On vend du rêve en catalogue, des passions prêtes à porter. Le folklore devient logo, l’exotisme est soldé. Je danse avec bonne conscience, talon léger, panier rempli. Mais dans ma belle insouciance, comment ils font pour le prix ? Olé ! T’as vu ma guitare ? Made in Taiwan, elle chante Séville avec trois cordes en plastique. Olé ! T’as vu mon sombrero ? Made in Congo, il promet Mexico en carton promo. Olé ! T’as vu mon grand style ? Made in China, faux crocodile garanti sans marécage. Olé ! Tourne, tourne encore, tout vient de partout. Même mon décor ne sait plus d’où. Je ne blâme pas les mains lointaines, ni les pays sur les cartons. Je blâme nos fêtes en porcelaine, nos petits prix sans horizon. Je blâme le chic jetable, les héros du faux-semblant. Tout ce qu’on cache sous la table pour briller cinq minutes dedans. Palmas ! Cartón ! Promo ! Camión! Faux cuir ! Vrai prix ! Grand chic ! Petit vernis ! Olé ! Olé ! T’as vu ma chemise ? Made in Bangladesh, elle promet Venise avec trois boutons en détresse. Olé ! T’as vu mes lunettes ? Made in Vietnam, je vois la planète en plastique haut de gamme. Olé ! T’as vu mon sourire ? Made in n’importe où, il danse pour ne pas dire que tout tient par dessous. Olé ! Tourne, tourne encore, qu’on oublie le trajet. Quand le monde fait décor, on applaudit l’objet. Authentique. Artisanal. Exotique. Fragile. Lavable à froid. Et surtout : ne pas lire l’étiquette. Olé.