
[@FreyjartFr / Tous Droits réservés] ©FreyjartFr - 2026 Série des syndromes - Syndrome de Münchhausen __________ Elle entre dans la chambre comme on entre un théâtre, le drap blanc sur la peau, prête à se réinventer. Elle connaît les gestes qui font naître un frisson dans les yeux de ceux qui la regardaient. Son corps devient l’histoire qu’elle veut faire avaler, une douleur qu’elle façonne, un rôle qu’elle a juré de jouer jusqu’au bout, même sans y croire, pour sentir qu’un regard peut encore la sauver. Elle joue la souffrance pour qu’on la voie, elle peint des ombres pour qu’on la croie. Et dans les yeux qui passent, elle cherche un signal, un souffle, un murmure : “Tu existes, c’est normal.” Elle apprend les symptômes comme on apprend des vers, chaque fièvre, chaque chute, un poème à réciter. Elle n’a pas besoin de mensonges trop sévères, juste un peu d’attention pour ne pas s’effacer. Parfois elle se demande, dans un instant brutal, si c’est elle qui ment ou si c’est le mal qui lui souffle les mots, qui lui dicte la scène, qui lui colle au cœur comme une vieille rengaine. Elle voudrait qu’on la touche sans qu’elle s’invente, qu’on la regarde enfin sans qu’elle se tourmente. Qu’on la croie sans qu’elle saigne, qu’on la nomme sans effort, qu’on la voie sans qu’elle frôle encore la mort. Mais le rôle s’accroche, fidèle animal, un masque cousu trop près du moral. Elle joue la souffrance pour qu’on la voie, elle peint des ombres pour qu’on la croie. Et quand la scène s’éteint, dans le calme infernal, elle cherche qui elle est sans costume, sans mal.

