
Le chant noir de l'automne
C'est le chant des boues et des buées, C'est le chant de la farandole fracassée, Assiégée des dernières feuilles à tomber, L'ode altérée des nuages musculaires, De gris en plus gris, Celui des bourrasques de vent et du crachin, Celui du discours ébréché du vent dans les arbres, À même les tiges dénudées, Comme des reproches sifflés, Du postillon sorti des lèvres d'Éole À travers les gouttes de pluie. C'est l'époque du début des tremblements intérieurs, Au son des souvenirs affligeants, Celui des agressions qu'on pensait oubliées, Celui des rejets qui vous craquent le cœur, De la visitation des bêtes étranges du passé, Celles des crocs, des griffes, Des lames acérées de désespoir. C'est l'époque où il n'est pas bon De rentrer seul le soir. Sombre, sombre automne Qui nous donne d'espérer La blancheur de la première neige, Toutes routes estompées après l'été.

