
Cantique – Réflexion postlude du lundi de l’Action de grâce
Dans la messe des catholiques consacrée à l’Action de grâce, l’Évangile selon saint Luc le médecin qui voulait guérir l’âme de sa génération, commence par cette parole de Jésus : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération. » La signification de ces paroles nous parvient par transparence dans l’Évangile de Matthieu — l’ancien collecteur d’impôts — qui veut que chacun rende selon son dû sur le plan spirituel. Matthieu désire habiller les paroles du Christ d’une explication incontournable pour la compréhension précise de sa mission : « Une génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. » Dans la Rome païenne, les recherches d’André Grabar nous apprennent que lorsqu’un jeune soldat mourait, ou qu’un jeune homme était enseveli, on sculptait sur son sarcophage l’image d’Endymion endormi. Cette image provenait du mythe d’Endymion : le jeune homme, marié, inspirait par sa beauté un violent amour à Séléné, la déesse de la Lune. Celle-ci demanda à Zeus de le faire dormir pour l’éternité, afin de préserver intactes sa beauté et sa jeunesse. Nos premiers chrétiens ont conservé cette iconographie d’Endymion endormi pour décorer les sarcophages des jeunes hommes chrétiens. Ils y voyaient désormais non plus le sommeil païen d’Endymion, mais le repos de Jonas, épuisé du séjour dans le ventre du grand poisson, étendu sur la plage, image du repos avant la résurrection. Ainsi, l’image païenne devint chrétienne : l’âme du jeune défunt, endormie dans la mort, était désormais promise, comme le Christ après ses trois jours au tombeau, à la résurrection. En ce lundi de l’Action de grâce, rendons grâce à Dieu pour la présence de nos enfants en vie. C’est une grâce qui n’est pas accordée à tous, dans de nombreux pays du monde où sévissent encore des conflits armés. Prions pour soulager les parents découragés par la mort d’un Endymion, d’un Jonas épuisé par les combats militaires, et qui, pour nous, catholiques, sera ressuscité lors du retour du Christ, au jour du Jugement dernier.

