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Sel Dans Les Veines

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V5.5

[Couplet 1] J’étais pirate avant toi, de ceux qu’on n’apprivoise pas Le regard taillé dans l’orage, le cœur fermé sous les draps J’voguais sur un navire trop grand pour mes silences de fer Avec du sel dans les veines et plus grand-chose à faire des prières J’avais des murs dans la poitrine, des canons le long des bords Des défenses relevées même quand la mer dormait dehors On disait : “Celui-là, c’est du roc, du froid, du noir” Le genre d’homme qui survit très bien sans croire aux phares Mon cœur était plus dur que le diamant poli Pas seulement fermé : non, taillé pour défier la vie Un bloc propre, sans faille, brillant d’un éclat sans chaleur Le genre de pierre superbe qui ne bat plus par peur [Pré-refrain] Et puis toi, sirène lente, déesse aux marées fines T’as pas frappé mes portes, t’as contourné mes lignes Comme la mer sait entrer dans les failles du granit Sans bruit, sans guerre, sans même demander le récit [Refrain] En deux mois, t’as franchi les défenses de mon navire Sans canon, sans tempête, sans ordre et sans chavirer Moi qui gardais mon cœur comme un trésor de pire T’as réchauffé ce bloc de pierre jusqu’à le faire fondre pour l’écrire à ton nom sans me le dire En deux mois, toi la sirène, toi la fée des océans T’as fait plier le diamant sous tes doigts d’eau et de vent Et depuis dans ma poitrine, ce n’est plus la même loi Mon cœur n’a pas été brisé — il a fondu doucement pour prendre les formes de toi [Couplet 2] Tu n’as pas pris le fort d’assaut, t’as fait mieux que la guerre T’as appris le rythme exact de mes remparts, de mes hivers T’as glissé entre mes voiles, entre mes doutes et mes mâts Comme si tu connaissais déjà le chemin jusqu’à moi Toi, la sirène au regard clair, avec du mystère et du miel Capable de parler d’étoiles comme d’autres parlent du ciel Capable aussi de sucre chaud, de cannelle et de douceur Comme si même tes mains savaient calmer la houle en moi, sans peur Tu tires les cartes la nuit, tu lis les signes au large Tu vois dans l’invisible ce que moi j’enterre dans la rage Et moi, vieux pirate sec, j’te regardais faire en silence Comme un homme qui voit la lune entrer dans sa propre violence [Pré-refrain] Tu n’as rien forcé, tu n’as rien volé T’as seulement eu ce talent rare et dangereux de rester assez longtemps pour que mes murailles oublient qu’elles étaient faites pour tenir loin le feu [Refrain] En deux mois, t’as franchi les défenses de mon navire Sans canon, sans tempête, sans ordre et sans chavirer Moi qui gardais mon cœur comme un trésor de pire T’as réchauffé ce bloc de pierre jusqu’à le faire fondre pour l’écrire à ton nom sans me le dire En deux mois, toi la sirène, toi la fée des océans T’as fait plier le diamant sous tes doigts d’eau et de vent Et depuis dans ma poitrine, ce n’est plus la même loi Mon cœur n’a pas été brisé — il a fondu doucement pour prendre les formes de toi [Pont] Je croyais qu’il fallait des batailles immenses pour faire tomber un pirate. Du fer. Du feu. Des éclairs. Mais non. Il a suffi de toi. De ta patience de marée. De ta façon de sourire comme si mes monstres n’étaient que des bêtes fatiguées. Tu n’as pas cassé la pierre. Tu l’as chauffée. Encore. Encore. Jusqu’à ce que le diamant lui-même cesse de résister et devienne assez tendre pour porter ton empreinte. [Couplet 3] Maintenant quand j’prends la barre, j’sens plus la mer pareil Il y a ton nom quelque part dans le grain de mon soleil Comme si mon vieux cœur taillé pour défier l’océan Avait enfin trouvé plus fort que lui : une femme, tout simplement Tu m’as rendu moins dur sans me rendre moins vrai T’as pas volé le pirate, t’as juste apaisé sa marée Et ça me fout presque en vrac d’avouer ça comme il faut Mais ouais… même un cœur de diamant peut finir en rivière chaude sous la lumière de ta peau Toi, t’es restée toi-même, entière, libre, souveraine Pas un port, pas une cage, pas une chaîne Juste cette présence rare qui fait tomber les armes Et qui transforme un vieux corsaire en homme capable d’écrire autre chose que ses drames [Refrain final] Oui, en deux mois, t’as franchi les défenses de mon navire Sans canon, sans violence, sans même avoir à mentir Moi qui gardais mon cœur comme un royaume à punir T’as réchauffé ce bloc de pierre jusqu’à ce qu’il apprenne enfin le désir Oui, en deux mois, toi la sirène, toi la fée des océans T’as fait fondre le diamant que je prenais pour mon sang Et depuis, dans ma poitrine, ce n’est plus la même voix Mon cœur porte ton nom comme si la mer l’avait sculpté en secret à l’intérieur de moi [Outro] J’étais pirate. Dur. Fermé. Le cœur taillé comme une pierre qu’aucune lame ne raye. Et puis tu es venue. Pas pour détruire mon navire. Pour passer ses défenses. Pour réchauffer l’impossible. Et maintenant, là où vivait un diamant froid, il reste une matière plus douce, plus vivante, presque sacrée… Modelée, lentement, aux formes de ton nom.