
Marche en automne Quand, au marche en automne, en rive, en forêt, en boisé, la nature s’éprend de soi et nous habite au tout début de la randonnée, puis elle effectue une incision, presque invisible, sous l’abdomen habité de buissons. Elle ouvre le cœur et l’évide de toute méchanceté, de tout soupçon. Elle oxygène les poumons, elle déroule le long ruban intestinal le long des rives du chenal, et l’évide de ses peurs instinctives et primales. Puis elle recoud le tout le long des plis de l’âme, comme l’araignée tisserande tisse une toile sous l’étoile de la première constellation à poindre dans l’azur étalé. Mais la nature ne touche pas aux jambes : elle se contente de les muscler. Car, à être évidé, allégé, aéré, je n’aurais pas assez de substance, pas assez de poids pour me retenir à la terre. Je pourrais m’envoler et m’étioler dans l’atmosphère. Alors, de retour à la maisonnée, les jambes lourdes et musclées, je reprends mes sens et je me surprends à me remettre à m’habiter, à reprendre du volume comme un œuf éclos dans une cabane d’oiseau nettoyée. C’est là qu’en silence je refais chaque plume, et m’étire le cou hors du plumage. J’adopte le ramage d’automne qui se déploie dans mes pensées. Je déploie mes ailes, sage d’avoir à nouveau appris à voler. Quand, au marche en automne, en rive, en forêt, en boisé, il se passe quelque chose en moi que je ne saurais m’expliquer.

