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La Houle encrée

V5.5

[Couplet 1] Ma fée, j’ai lu la houle au fond de tous tes mots Les caps brisés trop vite, les départs pris trop tôt Les silences après coup, les regrets dans la nuit Et ce cœur qui se débat même quand tout semble endormi Tu dis qu’tu fais du mal quand la peur prend la barre Qu’tu sabordes l’histoire avant même le vrai départ Qu’tu ris pour pas couler, qu’tu mens pour rester droite Pendant qu’au fond de toi la mer cogne et s’évente Tu dis qu’parfois t’es vide, parfois trop pleine au contraire Que l’anxiété te tient comme un faux frère en hiver Qu’tu voudrais mettre pause, ou courir, ou brûler fort Mais qu’au retour du calme t’as l’impression d’être encore plus morte [Pré-refrain] Mais moi j’vois pas un monstre j’vois pas une âme foutue J’vois un navire vivant qui a pris trop d’coups, c’est tout Et dans l’bois de ta voix dans tes peurs, dans tes faux pas J’entends surtout quelqu’un qui souffre plus qu’elle ne le dit, voilà [Refrain] Je te vois quand même, ma fée Même quand tu quittes le port avant d’avoir essayé Même quand la peur te fait parler comme un grain mauvais Je te réduirai jamais à ce que la douleur a fait Je te vois quand même, ma belle Dans la nuit, dans le vent, dans le cœur qui chancelle Et même si t’as blessé, fui, tout mis de travers parfois Tu n’es pas la ruine tu es la tempête qui cherche encore sa voie [Couplet 2] J’sais qu’t’as voulu aimer sans finir entre les lames Alors t’as mis du feu toi-même pour pas voir brûler la flamme T’as préféré les récifs aux promesses de grand ciel Comme si perdre avant l’heure rendait la douleur moins réelle J’sais qu’la Dépression vient comme un trois-ponts dans la brume Lourde, lente, sans lumière, avec du plomb dans l’écume J’sais qu’la Lame rase l’eau sans bruit sous tes défenses Et qu’les Idées Noires abordent souvent la nuit sans prévenir leur danse J’sais qu’tu t’bats contre toi comme contre une mer contraire Qu’tu voudrais tenir droite mais qu’le vide revient faire Son lit au fond d’ton cœur, sa cale au fond d’ta voix Et que certains matins respirer te paraît déjà trop grand pour toi [Pré-refrain] Mais écoute un vieux pirate qui connaît mal la paix Un navire qui prend l’eau n’est pas né pour sombrer On calfate les fissures on recoud un peu de ciel Et ce qui tremble aujourd’hui peut encore revoir le soleil [Refrain] Je te vois quand même, ma fée Même quand tu quittes le port avant d’avoir essayé Même quand la peur te fait parler comme un grain mauvais Je te réduirai jamais à ce que la douleur a fait Je te vois quand même, ma belle Dans la nuit, dans le vent, dans le cœur qui chancelle Et même si t’as blessé, fui, tout mis de travers parfois Tu n’es pas la ruine tu es la tempête qui cherche encore sa voie [Couplet 3] Et moi j’te parle avec du sel, du bois, du goudron dans les mains Avec c’que j’suis : un cœur de corsaire qui s’croyait taillé pour rien J’en ai vu des ports perdus, des coques ouvertes, des mâts pliés Mais rien n’m’a jamais paru plus beau qu’une âme blessée qui veut quand même essayer Oui, j’ai mon frère en mer, et Dieu sait qu’ça compte fort Un frère de ligne et d’écume qui m’aide à tenir encore Mais j’te mentirais, ma fée, si j’disais qu’ça suffit Parce que quand le soir tombe, c’est encore ton nom qui fait le plus de bruit dans ma vie C’est toi qui me manques quand la rade est trop vide Toi quand la nuit s’assied sur la dunette humide Toi quand le vent siffle bas dans les drisses du grand mât Toi quand j’fais le dur dehors et qu’dedans tout mon cap revient vers toi [Pont] Alors non, j’te dirai pas qu’t’as jamais fait de mal. Non, j’te dirai pas qu’tes tempêtes n’ont laissé aucune trace. Mais j’te dirai mieux. J’te dirai vrai. T’es pas ce que la peur te souffle. T’es pas ce vide qui revient. T’es pas la lame. T’es pas le noir. T’es une femme qui lutte. Une fée d’océan avec trop d’orages dans le sang, trop d’amour mal défendu, trop de silence appris trop tôt. Et moi, même quand tu trembles, même quand tu fuis, même quand tu crois qu’tu vaux moins que tes ruines… je reste. [Refrain final] Je te vois quand même, ma fée Même quand tes vieux démons montent à l’abordage sans parler Même quand tu veux courir plus vite que ton propre cœur blessé Je te réduirai jamais à c’que la nuit a essayé d’enlever Je te vois quand même, ma belle Plus vaste que ton vide, plus forte que ce qui chancelle Et même si t’apprends encore à rester, à parler, à t’aimer J’te jure sur la mer entière que t’es pas née pour te laisser couler Je te vois quand même, ma fée Avec tes cartes, tes étoiles, ta douceur un peu cabossée Avec ton rire qui tient debout même les jours de mauvais vent Et moi j’t’aimerai pas malgré tes tempêtes mais avec elles, en les regardant en face tendrement [Outro] Alors viens comme tu es. Pas parfaite. Pas guérie. Pas simple. Viens avec tes peurs, tes faux départs, tes silences, tes nuits trop longues. Moi, j’suis pas là pour t’demander d’être un ciel sans nuage. J’suis là pour tenir le pont quand la houle te reprend.