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L'inertie des jours

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L'inertie des jours Le réveil n'est pas un son, c'est une injonction. C’est ce bruit sec qui te rappelle que la Terre n’a pas arrêté sa rotation pour t’attendre. Tu ouvres les yeux, le plafond est le même qu'hier, La même fissure au coin du mur, la même poussière qui danse dans la lumière blafarde d’un matin qui hésite. On a tous ce scénario, cette chorégraphie apprise par cœur. Le café qui coule avec la régularité d'un métronome défectueux. La douche, la vapeur, le miroir embué où l’on efface, d’un revers de manche, les traces de la nuit. On enfile nos armures, ces vêtements qu’on choisit pour passer inaperçu, Pour se fondre dans la masse, pour devenir un pixel parmi tant d’autres dans le décor. Tu prends le métro, ou la voiture, ou ce chemin balisé par l’habitude. Et là, tu croises des milliers d’inconnus qui te ressemblent, Des regards plantés dans des écrans, des visages qui ferment leurs volets intérieurs. On se frôle, on s'évite, on est des atomes qui refusent la fusion. C'est la ville, une fourmilière géante où tout le monde court, Mais où personne ne sait vraiment vers quelle ligne d'arrivée on sprinte. La routine, c’est une drogue douce, c’est une sécurité illusoire. On se dit : « Demain, ça ira mieux », mais demain n’est que la répétition d’aujourd’hui, Avec un peu plus de fatigue sous les yeux, et un peu plus de lassitude dans le sourire. On vit en mode automatique, on délègue nos émotions à l’agenda, On range nos rêves dans des dossiers « à traiter plus tard », Mais plus tard, c’est un pays lointain où personne ne va jamais. Et puis, il y a ces petits craquements dans le système. Un rayon de soleil qui tape pile au bon endroit, à travers une vitre sale. Un rire d’enfant dans la rue, inattendu, une note de musique qui s’échappe d’une fenêtre. Des moments minuscules, insignifiants pour le monde, mais qui sont des séismes pour l’âme. C’est là, dans ces interstices, que la vie reprend ses droits. C’est là qu’on arrête de subir la cadence, Qu’on dépose le poids du jour, qu’on accepte enfin d’être vulnérable, d’être humain, d’être là. Le soir tombe, le cycle s’achève, le rideau baisse sur la scène. On retrouve le calme, la porte verrouillée, le silence qui nous accueille. On enlève les chaussures, on enlève le masque, on redevient soi-même, Dans le creux du canapé ou au bord du lit. On se demande si on a vraiment vécu, ou si on a juste passé la journée à attendre la prochaine. Et dans le noir, une dernière fois, on ferme les yeux, En espérant que demain, juste une fois, la routine soit un peu moins mécanique, Et un peu plus vivante.