
Tu t'es glissée sans un éclat, Entre mes rires et mes silences. Je ne savais même pas pourquoi Tu connaissais déjà mon absence. Tu t'es cousue sous ma poitrine, Comme un fil que rien ne défait. Je croyais suivre ma routine... C'était toi qui me précédais. On dit qu'on grandit. On apprend surtout À mieux te déguiser. Première peur... Premier refuge... Première voix que j'ai suivie. Première peur... Vieille passagère... Pourquoi restes-tu dans ma vie ? Si tu m'aimais pour me défendre, Pourquoi m'as-tu fermé l'horizon ? Aujourd'hui je veux te comprendre... Avant de te dire ton pardon. Tu changeais d'ombre à chaque âge, De nom, de masque et de saison. Tu faisais croire au paysage Qu'il décidait de ma direction. Tu devenais simple prudence, Puis évidence au quotidien. J'appelais cela l'expérience... Tu répondais : « C'est pour ton bien. » Je ne t'efface pas. Je ne te chasse pas. Je dépose seulement Les clés De notre ancienne maison. Première peur... Vieille lumière... Qui tremblait dans mes premiers froids. Première peur... Douce étrangère... Tu peux maintenant vivre sans moi. Je garderai de ton passage Le soin discret des jours fragiles. Mais je marcherai davantage... Les mains ouvertes. Et le cœur tranquille.

