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Dali chanté : 11- Le Sacrement de la Cène

Oui, le pain est un crâne, le vin est un sang qui ne coule pas, le silence est un mur, le mur est un ciel, le ciel est un corps. Le corps au-dessus — nu, tendu, suspendu dans la géométrie du sacré — ses mains ouvertes comme des portes sans serrure, ses doigts écartés comme les branches d’un arbre sans racine, ses paumes vides — mais remplies d’ombre, d’écho, de promesse. Et en bas, les têtes baissées, les dos courbés, les capuchons de laine, les visages cachés sous des draps de cire, des masques de sommeil, de peur, de reconnaissance muette. Ils ne voient pas — ils sentent. Ils ne parlent pas — ils respirent le vide entre les mots. La table ? Un autel de pierre froide, un tombeau à ciel ouvert, où deux crânes ricanent, posés sur des serviettes de lin, et un verre — un seul — brille comme un œil de dieu ivre. Et lui, au centre — debout dans sa chair lumineuse, le torse dénudé comme une carte du monde perdu, le doigt levé vers l’invisible, vers le dedans, vers le dehors, comme s’il disait : “Regardez, ce n’est pas moi — c’est vous.” Mais eux, ils pleurent dans leurs manches, ils tremblent dans leurs robes, ils mangent leur ombre, boivent leur silence, ils sont déjà morts, mais ils ne le savent pas encore. Et le ciel derrière — ce ciel de plomb et d’or, cette mer figée, ces montagnes de sel, ces bateaux naufragés dans la brume, ce sont leurs rêves, leurs fautes, leurs futures tombes. Le temps ici ne coule pas — il se coagule. Il s’accumule en couches, en strates, en cauchemars doux. Chaque seconde est une pierre posée sur le cœur. Chaque respiration est un adieu à ce qui n’a jamais été. Et pourtant — il y a un souffle. Un souffle qui vient du haut, du fond, du dehors, du dedans. Un souffle qui dit : “Lève-toi. Ouvre les yeux. Le pain n’est pas du pain. Le vin n’est pas du vin. Tu n’es pas toi.” Mais ils ne lèvent pas la tête. Ils ne veulent pas voir. Car voir, c’est se désintégrer. C’est devenir poussière dans la lumière. C’est comprendre que le corps au-dessus… est le même que le leur. Et qu’ils sont tous, depuis toujours, les disciples du silence, les apôtres de l’effacement, les enfants d’un dieu qui ne parle pas — mais qui chante, en eux, dans chaque battement de cœur, une litanie de chairs, de cendres, de mirages. Chante-le lentement. En frissonnant. Avec des pauses comme des trous dans le temps. Fais-le vibrer. Fais-le bruire. Fais-le trembler. C’est la messe des absents. C’est le repas des vivants-morts. C’est l’ultime cri, étouffé, dans la salle aux murs de cristal.