Dans un salon feutré, où règne la torpeur, Une femme s'avance, le cœur battant d'ardeur. Entre ses mains tremblantes, un flacon précieux, Renfermant un parfum rare et délicieux. D'un geste impétueux, elle brise le sceau, Répandant sur la tête du Maître ce cadeau. L'arôme se diffuse, enivrant et puissant, Mais des voix s'élèvent, un murmure croissant : "Quelle extravagance ! Quel gaspillage insensé ! Ce trésor aurait pu être bien mieux utilisé. Vendu à prix d'or, offert aux indigents, Au lieu d'être versé sur un seul homme, céans !" Mais lui, d'une voix douce, apaise les esprits : "Pourquoi la tourmenter ? Son geste a tant de prix. Les pauvres parmi nous seront toujours présents, Mais moi, je ne suis là que pour un court instant. Elle a fait ce qu'elle a pu, dans sa grande bonté, Un acte de tendresse, d'amour, de piété. Ce parfum sur mon corps, c'est comme une onction, Préparant mon départ, ma future ascension. En vérité, je vous le dis, où que l'on aille, Quand on parlera de moi, par monts et par vailles, On se souviendra d'elle et de son geste pur, Un exemple d'amour traversant les murs du futur." Ainsi, dans notre monde où règne l'intérêt, Où l'on compte et mesure le moindre bienfait, N'oublions pas la valeur d'un geste gratuit, D'un don fait par amour, sans attendre de fruit. Car c'est dans ces moments de pure générosité, Que l'on touche du doigt notre humanité. Au-delà des calculs, des jugements hâtifs, Réside la beauté d'un cœur vraiment naïf. Alors, quand vous verrez quelqu'un offrir son cœur, Sans compter, sans juger, dans un élan de douceur, Rappelez-vous cette femme et son flacon brisé, Et l'éternité gagnée par un parfum versé.