Le Tao Tö King est un petit livre qui me berce depuis mon adolescence. Écrit par Lao-tseu, sage chinois du sixième siècle avant notre ère, c’est un recueil de courts poèmes philosophiques qui explorent l’harmonie entre l’homme et la nature. Le Tao signifie « la Voie ». Il désigne le principe universel qui sous-tend toutes choses. Invisible et inexprimable, il est l’origine et l’équilibre du monde. Il porte notre attention sur la simplicité, la fluidité et le principe du wu wei, de l’agir sans forcer : une sagesse qui invite à vivre en accord avec le rythme naturel de la vie. J’adore quand il dit : « Connais le masculin, adhère au féminin, sois le ravin du monde. Quiconque est le ravin du monde, la vertu constante ne le quitte jamais, il retrouve l’enfance. » Je trouve que c’est important de retrouver en soi l’enfant intérieur, même si, pour plusieurs, l’enfance elle-même fut un jardin de chagrins. J’aime aussi lorsqu’il nous rappelle que le Monde est un vase spirituel, quelque chose de très fragile, d’imprévisible et de terrible, et qu’il ne faut pas chercher à le façonner comme le font les influenceurs et les chroniqueurs des médias, au risque de perdre et de détruire le Monde. J’aime quand il nous interroge : « Renom ou santé, quel est le plus précieux ? » En nous faisant remarquer que : « Qui aime trop le renom doit le payer trop cher », et : « Qui trop amasse subit de lourdes pertes. » « Le regardant, on ne le voit pas, on le nomme l’invisible. L’écoutant, on ne l’entend pas, on le nomme l’inaudible. Le touchant, on ne le sent pas, on le nomme l’impalpable. Ces trois états dont l’essence est indéchiffrable se confondent finalement en un. » « L’esprit de la vallée ne meurt pas. Là réside la femelle obscure. Dans l’huis de la femelle obscure réside la racine de l’univers. » Ainsi : Vacuité, imprévisibilité et immortalité, voilà trois vertus du Tao. Tous les arbres, tous les boisés du monde, tout ruisseau, toute rivière, tout rivage de fleuve ou de mer t’enseigne « la Voie ». Il n’en tient qu’à toi de déchiffrer ta nature profonde à travers eux. Laisse le paysage te pénétrer et enfin habiter ton paysage intérieur. Laisse, oh, laisse les arborescences de ton système nerveux, de ton système sanguin et lymphatique, devenir les arborescences de la racine de vie. La plante la plus fragile, sur la lisière d’un sentier, te montre « la Voie ».