
[Intro – piano seul, puis les cordes, très légères] [Couplet 1 – voix grave, slam] Il y a des arbres qui poussent sans écorce, ça existe : le moindre vent les traverse, la moindre pluie descend au cœur. Je suis de ce bois-là : un rien me rend heureux ou triste, une phrase entendue le matin me suit pendant des heures. Trois notes au coin d'une rue, et voilà mon ciel retourné ; une main sur mon épaule, et je tremble jusqu'au bout. On m'a dit d'apprendre à mentir au vent, à m'endurcir, à me blinder — j'ai essayé, longtemps. L'écorce ne pousse pas chez nous. [Refrain – chanté] Sans écorce, je prends tout en plein cœur : la joie comme une force, le chagrin pour des heures. Je n'ai pas de demi-mesure, pas de peau entre le monde et moi — c'est ma blessure, et c'est ma voix. [Couplet 2 – le groove entre, les cordes s'installent] Mes amours ne sont pas des averses, ce sont des marées, mes chagrins prennent racine et mettent des saisons à guérir. Un merci dit en passant peut me tenir chaud toute une année, une porte mal fermée peut me hanter jusqu'à l'avenir. J'ai longtemps cru que j'étais mal fait, trop poreux, trop tendre, un piano désaccordé qui résonne au moindre pas dans la pièce. Je m'excusais d'avoir des larmes, je m'excusais de comprendre ce que les autres taisaient sous leur rire et leur vitesse. [Refrain – chanté] Sans écorce, je prends tout en plein cœur : la joie comme une force, le chagrin pour des heures. Je n'ai pas de demi-mesure, pas de peau entre le monde et moi — c'est ma blessure, et c'est ma voix. [Pont – parlé, piano et cordes en sourdine] Ceux qui sentent tout sont aussi ceux qui entendent les autres. Les blindés passent à côté. Nous, on s'arrête. On voit l'enfant qui pleure au fond du bus, la vieille dame qui n'ose pas demander. Ce n'était pas un défaut. C'était une antenne. [Break instrumental – piano et cordes, le groove revient] [Couplet 3 – voix grave, plus droite] Alors je ne mets plus d'armure, je ne demande plus pardon, je laisse le vent passer à travers mes branches nues. J'ai mal plus fort, plus longtemps — mais je chante aussi plus profond, et je vois des couleurs que les gens pressés n'ont jamais vues. Si tu es comme moi, du même bois tendre et sans défense, toi qui pleures au cinéma, toi qu'une lettre peut briser, ne laisse personne te dire que ta peau est une offense : c'est par cette peau-là, justement, qu'on sait aimer. [Refrain final – chanté, voix pleine] Sans écorce, je prends tout en plein cœur : la joie comme une force, le chagrin pour des heures. Je n'ai pas de demi-mesure, pas de peau entre le monde et moi — ce n'est plus ma blessure : c'est ma voix. [Outro – piano seul, voix parlée] Le vent passe. Je tremble. Je suis vivant.

