Ce matin, mon regard a croisé Celui d’un bel inconnu qui passait Il était si tendrement accrocheur Qu’il m’a accroché tout en douceur. Comme tant d’ fois j’ai voulu m’en défendre Ne pas le voir, ne pas l’entendre Le laisser à sa juste place Celle d’un simple regard qui passe. Mais celui-ci était si perçant Qu’il me fit l’effet d’un boomerang. Envoyé, troublant comme un mirage Il me revint en plein visage. Il trahissait tant d’ désirs latents, Présumait tant d’ possibles à venir Etait si caressant, insolent Que je me suis sentie rougir. Je sentais les effluves qui enivrent Le vin de Naples et ses plaisirs J’entendais souffler le zéphyr J’étais anesthésiée, en dégivre. Débarrassée de toutes raisons Dans les yeux de ce bel Apollon J’abandonnais un peu de mon âme Y déversais un peu de ma flamme. La confusion des émotions Eveille tant de perceptions. « Fugitive beauté, Dont le regard m’a fait soudainement renaître Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? O toi que j’eusse aimé O toi qui le savais » Ne pas avoir peur du courant qui emporte Il peut être enivrant de rouler dans ses flots Et si la tempête se lève, qu’importe Poséidon et Aphrodite de là-haut Veillent sur nous, s’amusent et jouent Au plus beau des jeux, celui de l’amour. Ah! Ces regards qui recherchaient le mien Ah! Ces regards qui aspiraient mon âme Combien ils revêtiront de charmes Combien ils seront d’un grand soutien Les soirs de solitude devant l’être Le soir du dernier acte, Comme il peut être bon quelquefois De laisser aller un peu de soi De jouir pour une courte instance D’un bref cadeau de l’existence. On passe trop souvent notre vie Tout en surface, en apathie On mange, on boit, on dort et puis De temps en temps on rêve aussi Quand s’y glisse un brin de folie. Ce temps imparti, souvent si triste Qu’il nous faut le vivre en touriste Et si un regard anonyme Peut y apporter du sublime Pourquoi s’interdire d’accepter Un délicieux moment de volupté ? Les années viennent bien trop vite, hélas ! Un jour on se souviendra, bien las ! De tout ces regards qu’on suscitait Qu’hautaine et fière on dédaignait. On sera belle à n’en pas douter Pendant encore d’nombreuses années. La puissance des mots de “Baudelaire” Dans “ à une Passante” nous éclaire Sur l’incroyable force d’un regard