
[Intro – accordéon seul, très doux, comme un souffle, puis le piano] [Couplet 1 – voix grave, très posée] La veille, la valise était ouverte sur ton lit, comme une bouche qui avale vingt ans en une soirée : les pulls, les livres, les chargeurs, les photos jaunies, et ce qu’on ne range nulle part, mais qu’on emporte, plié. J’ai fait semblant de passer, de chercher quelque chose, de vérifier la fenêtre, d’éteindre une lampe déjà éteinte. Et sur l’étagère, le vieux doudou, une oreille qui repose, te regardait partir sans un mot, sans une plainte. [Refrain – chanté, retenu] Le matin de la valise, on reste là, dans l’entrée, le sourire qui se brise, la gorge serrée. On ne dit rien, ce jour-là : les mots sont trop petits pour ça. On te serre fort, une fois, et la porte se ferme sur toi. [Couplet 2 – accordéon et piano, balais à peine] Le dernier petit-déjeuner, le même bol, la même table, tu parles vite, du train, de la ville, des gens que tu verras. Moi je tourne mon café, je fais celui qui est capable, je regarde tes mains — trop grandes, tout à coup, pour mes bras. Puis le coffre, les sacs, le carton qu’on n’arrive pas à fermer, le klaxon d’un ami en bas, les clés qui tintent, le « bon, ben… » — on avait tout prévu, tout vérifié, tout rangé, tout plié, sauf ce moment-là, qu’on n’avait pas vu venir, et qui vient. [Refrain] [Pont – parlé, accordéon seul] Tu as dit : « Je t’appelle en arrivant. » J’ai dit : « Fais attention sur la route. » Ce sont les mots qu’on dit quand les vrais ne passent pas la porte. [Break – accordéon et piano] [Couplet 3 – voix grave, plus bas] Et puis la porte s’est refermée, doucement, comme tu fais toujours, et je suis resté debout, là, dans l’entrée, sans bouger, les bras ballants, le cœur en vrac, au milieu du jour, à fixer le crochet vide où pendait ton blouson d’été. Dans le couloir, il y avait encore ton odeur, ton rire, ton pas, la maison avait la taille d’un manteau devenu trop grand. Alors j’ai fait ce qu’on fait : j’ai rangé deux tasses, trois fois, et je suis allé m’asseoir, longtemps, au bord de ton lit d’enfant. [Refrain final – chanté, à peine] Le matin de la valise, je suis resté dans l’entrée, le sourire qui se brise, la gorge serrée. Je n’ai rien dit, ce jour-là : les mots étaient trop petits pour ça. Je t’ai serrée fort, une fois, et la porte s’est fermée sur moi. [Outro – accordéon seul, qui s’éteint, voix parlée] Ton téléphone a sonné à vingt heures. « Bien arrivée. » Deux mots. Assez grands, finalement.

