
SYMPHONICITÉ La Musique des Hasards Nécessaires de notre vie SCRIPT SUNO — LONGUE PIÈCE DE SPOKEN WORD, CHANSON ET CHŒUR Personnage principal : Alainçôis Vézilié Couleur musicale suggérée : chanson québécoise cabossée, spoken word chaleureux, piano préparé, accordéon fantôme, contrebasse, percussions de cuisine, chœur de voyageurs. Départ intime, montée orchestrale, finale collectif. Voix principale masculine, sourire dans la voix, jamais solennel trop longtemps. [INTRO — SPOKEN WORD, voix proche, presque dans le corridor] On m’a demandé le titre de ce livre. J’ai répondu : « Liaisant nécessaire. » La personne a dit : « Vous voulez dire lien ? » J’ai dit : « Non. Je veux dire liaisant. Le lien qui lie et qui laisse passer. La ficelle qui ne ficelle pas les mains. Le nœud qui sait se dénouer quand on lui parle poliment. » Alors j’ai ouvert mon cahier. Sur la couverture, il y avait écrit : Alainçôis Vézilié. Avec un ç qui descend dans la phrase comme un petit poisson dans un escalier. Et, dessous : Symphonicité : La Musique des Hasards Nécessaires de notre vie. Ce n’était pas un livre à acheter à tout prix. Les livres à tout prix finissent parfois par coûter la vie à la curiosité. C’était un livre à rencontrer au bon moment. Un livre qui pouvait attendre dans une librairie, sur une table, sous une pile de factures, ou dans la tête d’un inconnu qui n’avait pas encore ouvert la bouche. Il était facile à lire, disait-on. Facile comme une porte. Pas toujours facile comme le corridor qui suit. Il avait des exemples, des références étonnantes, des gens qui entraient dans nos histoires avec leurs bottes pleines de pluie. Et il s’était mis à exister pour moi à travers des coïncidences. Au moins, c’est ce que je racontais. Le réel, lui, ne signait pas toujours les reçus. [COUPLET 1 — PIANO SEC, CONTREBASSE] Alainçôis Vézilié cherchait le mot qui ferait tenir la porte sans la fermer. Il avait dans sa poche une clé sans serrure, un billet d’autobus pour le pays d’après, et trois miettes de pain pour les oiseaux qui ne savaient pas encore qu’ils étaient des oiseaux. Il avait lu des livres à l’endroit, des livres à l’envers, un livre qui commençait au milieu et un autre qui avait perdu sa fin dans le manteau d’un professeur. Il disait : « Je ne suis pas propriétaire des rencontres. Je suis seulement le concierge de ce qui s’ouvre. Je tiens la porte. Je ne tiens pas les gens. » Au coin de la rue, une femme cherchait son parapluie. Le ciel n’avait pas encore commencé. Ils ont ri. Le rire a fait une petite fenêtre dans le mur gris du mardi. Après, elle est partie. La fenêtre est restée. C’est comme ça que certains êtres nous font voyager : ils nous ouvrent une porte, puis ils ne traversent pas nécessairement avec nous. Ils nous donnent l’horizon, pas toujours leur adresse. [PRÉ-REFRAIN — parlé, la musique respire] Qu’est-ce qu’une synchronicité ? Une coïncidence ? Oui. Mais une coïncidence qui arrive avec quelque chose dans les mains. Pas une preuve emballée. Pas un ordre venu du plafond. Un sens qui se présente comme une question : « Qu’est-ce que tu vas faire de ce qui vient d’arriver ? » [REFRAIN — CHŒUR, large et lumineux] Ça se répond, ça se répond, sans se donner le mot de passe. Un événement toque à la fenêtre, un autre lui fait de la place. Ça se répond, ça se répond, le hasard a des souliers de danse. Quand nos histoires changent de mesure, la vie improvise une alliance. Symphonicité ! Quand personne ne tient toute la partition, mais que chacun peut écouter ce qui joue avec quoi. Symphonicité ! La musique des hasards nécessaires dans le grand orchestre ordinaire de notre vie. [COUPLET 2 — SPOKEN WORD, rythme de marche] Alainçôis disait qu’il fallait quatre repères. Quatre cailloux dans la poche, pas pour construire une prison, pour savoir où l’on met les pieds. Premier repère : quelque chose fait sens. Pas forcément le sens d’une flèche sur une carte. Le sens peut être une direction, un petit déplacement de l’âme, une boussole qui s’éveille quand le nord a pris congé. Deuxième repère : quelque chose se transforme. La situation était bloquée comme un tiroir plein de chaussettes qui ne s’accordent pas. Puis un événement arrive. Un mot, un livre, une rencontre, un morceau de musique joué au mauvais endroit, et soudain le tiroir respire. Troisième repère : on se sent interpellé. Pas convoqué au tribunal du cosmos. Interpellé comme quelqu’un qui entend son prénom dans une gare étrangère. On lève la tête. On ne sait pas encore qui a appelé. Mais quelque chose, en nous, répond : « Présent. » Quatrième repère : le moment est souvent un passage. Une transition. Une adolescence qui ne sait pas encore se coiffer. Une quarantaine qui fait l’inventaire des vieilles armoires. Un deuil, un départ, une naissance, une question qui ne tient plus dans le tiroir. Quand les meubles bougent, les coïncidences font parfois plus de bruit. Mais attention, disait Alainçôis, le monde est une fabrique à coïncidences.

