
[Intro – piano, accords réguliers comme une marche] [Couplet 1 – voix grave (lui)] On a fait deux piles sur le tapis du salon, tes livres, mes disques, et ceux qu’on ne sait plus. On s’est battus pour rire pour la vieille chanson qu’on écoutait l’été où l’on s’est connus. J’ai gardé le fauteuil, tu as pris le miroir, on a laissé la plante à celle qui l’arrosait. On n’a rien déchiré, ni les mots, ni l’histoire — on a plié vingt ans comme on plie un drap frais. [Couplet 2 – voix féminine (elle)] On aurait pu crier, compter les torts, les dettes, se jeter au visage les années mal rendues, prendre chacun son camp, ses témoins, ses défaites, se battre pour gagner ce qui était perdu. On a choisi plutôt de s’asseoir une dernière fois à la table — cette fois, pour se parler vraiment. Tu m’as dit « merci » ; j’ai dit « toi aussi, tu vois » — et c’était le premier vrai mot depuis longtemps. [Refrain – deux voix] Partir debout, sans se mettre à genoux, sans salir ce qui fut beau ni se tourner le dos. Partir debout, garder le meilleur de nous : on peut fermer une porte sans que la maison soit morte. [Couplet 3 – les deux voix en alternance] (lui) Pour les enfants, on a dit : pas de guerre, pas de camp, (elle) deux Noëls s’il le faut, mais des Noëls joyeux. (lui) On se croisera aux fêtes, aux diplômes, sur les bancs (elle) des gares, des mariages — on se fera signe des yeux. (lui) Je ne regrette pas d’avoir aimé ta façon de rire, (elle) je ne regrette pas les années, même la fin. (ensemble) On ne s’aime plus comme avant, mais on peut encore se dire qu’on a bien fait de s’aimer, et qu’on part bien. [Refrain] [Pont – parlé, à deux, percussion suspendue] (elle) Ce n’est pas un échec. (lui) C’est une histoire qui a fini son chemin. (elle) On ne détruit pas un pont parce qu’on ne le traverse plus. (ensemble) On le laisse debout. Pour d’autres. [Break – piano et percussion régulière] [Refrain final – deux voix] Partir debout, sans se mettre à genoux, sans salir ce qui fut beau ni se tourner le dos. Partir debout, garder le meilleur de nous : on ferme doucement la porte — la maison n’est pas morte. [Outro – la marche continue, puis s’arrête] (lui) Prends soin de toi. (elle) Toi aussi. (ensemble) Debout.

