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Horizon Mort

V5.5

[Couplet 1] Je rentre au port, mes frères, le bâtiment tient encore La coque est lasse, les voiles basses, le sel collé au corps J’ai ramené le bois blessé, les hommes, le vent, les canons Mais en entrant dans cette rade, j’ai senti mourir l’horizon D’habitude un port, ça respire, ça relève un peu les vivants Ça met du calme dans les mâts, du repos dans le sang Mais là, quelque chose manquait avant même que j’pose le pied Comme si la pierre et les anneaux savaient déjà qu’tu n’y étais [Pré-refrain] J’ai cherché ta lumière dans les vitres, dans le soir Dans la brume sur les quais dans le moindre coin de noir Mais rien Pas un signe Pas une voix Pas ton nom Juste le vide qui s’installe quand on comprend trop tard qu’on rentre seul pour de bon [Refrain] Et moi qui revenais le cœur presque heureux Je me retrouve seul dans ce port silencieux Sans nouvelle de ma fée, sans ton rire, sans tes yeux Et tout ce qui m’tenait debout devient soudain trop vieux Moi qui croyais rentrer vers quelque chose de vrai J’accoste dans un monde qui s’est retiré Ce n’est plus un refuge, ni un quai, ni une maison C’est un port qui n’a plus de port que le nom [Couplet 2] J’avais gardé ton souvenir comme un cap contre la nuit Ton visage dans mes veilles, ton nom quand l’orage crie J’ai traversé les grains, les morts, les salves, les mauvais vents En me disant : “Tiens encore, elle sera là en rentrant” J’te portais dans le roulis, dans la fatigue, dans la houle Comme on garde au fond de soi ce qui recolle et ce qui sauve Et maintenant j’vois mes pas sonner creux sur les planches du retour Comme si même le bois savait qu’il manque l’unique lumière du jour [Pré-refrain] J’aurais pris un mot Un signe Une carte retournée sur la table Un parfum de cannelle dans l’air Même un silence habitable Mais rien Seulement ce froid qui s’assoit près de moi Avec l’air de ceux qui savent qu’ils resteront là [Refrain] Et moi qui revenais le cœur presque heureux Je me retrouve seul dans ce port silencieux Sans nouvelle de ma fée, sans ton rire, sans tes yeux Et tout ce qui m’tenait debout devient soudain trop vieux Moi qui croyais rentrer vers quelque chose de vrai J’accoste dans un monde qui s’est retiré Ce n’est plus un refuge, ni un quai, ni une maison C’est un port qui n’a plus de port que le nom [Couplet 3] Les tavernes ont leur lumière, les cordages ont leur chanson Les mouettes tournent encore au-dessus des vieux pontons Tout a l’air d’être à sa place, tout respire presque pareil Et c’est ça l’plus cruel peut-être : voir le monde debout quand le tien s’éveille en deuil Je n’sais pas si t’es partie, si t’es loin, si t’as sombré Si le sort t’a prise ailleurs sans me laisser t’approcher Je sais juste qu’il n’y a rien qui réponde à ton absence Et qu’un homme peut revenir vivant tout en perdant le sens [Pont] J’ai connu la poudre. La mer mauvaise. Les mâts brisés. Les corps qu’on rend aux vagues. Mais y a des douleurs plus propres et bien plus dures à tenir : revenir entier et ne trouver personne à qui revenir. Alors je reste là sur ce quai qui ne me connaît plus avec mes promesses intactes et mes mains devenues inutiles parce qu’elles ne peuvent rien serrer sinon le manque [Refrain final] Et moi qui revenais le cœur presque heureux Je me retrouve seul dans ce port silencieux Sans nouvelle de ma fée, sans ton rire, sans tes yeux Et même la mer en moi devient trop grande et trop creuse Moi qui croyais rentrer vers quelque chose de vrai J’accoste dans un monde qui s’est retiré Ce n’est plus un refuge, ni un quai, ni une maison C’est un port qui n’a plus de port que le nom [Outro] J’ai tenu la mer. J’ai tenu le vent. J’ai tenu grâce à toi plus souvent que je ne l’avouerai jamais. Et maintenant que je suis rentré, c’est peut-être là que je vacille le plus. Parce qu’un port sans ta lumière, ce n’est plus vraiment un port. C’est juste un endroit où l’on revient pour apprendre qu’on est seul.