
Voici un petit bijou de désespoir urbain, soigneusement composté dans une canette rouillée. Le genre de texte qu’on écrit un mardi soir, après avoir réalisé que le « grand soir » a pris un retard définitif et que le seul avenir qui reste, c’est celui qui sent la pisse et le contrat pourri. L’auteur (on ne citera personne, par pitié) y traîne son existence comme un kilo de merde dans les veines, se félicite d’avoir des yeux en gravier, et offre généreusement à l’humanité le conseil le plus inspirant de la décennie : *Barre-toi, fous le camp.* On y croise des costards crades, des bus à l’agonie, des oiseaux qui s’écrasent par pure politesse, et une amitié qui se compte en bouteilles vides. L’amour y est présenté comme une blague qui vous égorge (merci pour le realism). C’est beau, c’est sale, c’est inutile. Exactement comme la vie, mais en plus court et avec des rimes internes. Bonne écoute. Ou pas. ;-) ++++++++++++++++++++++++ Je traîne sur un bout d’terre torride et aride, Proprio d’un futur déjà mort, déjà fort pourri, Un kilo de merde qui me moud, qui me rouille les veines, Des connards en costards crades m’ont craché, m’ont taché, Riant gras, riant gras dans leurs troquets à rêves crevés. Je chiale plus, plus de larmes qui coulent. Mes yeux sont gravier, gravier qui grince et qui pince. Je ramasse des vies pour les cramer, pour les flamber, Pour un grand soir qui ne viendra jamais, Jamais, jamais, jamais de clair. Dans mon cœur, un terrain vague et vague. Ton nom, je l’ai gratté, gratté sur une canette rouillée, Canette rouillée, nom gratté. **Barre-toi. Fous le camp.** **Barre-toi, fous le camp.** Dehors c’est mieux, dehors c’est sale et sale, Les chemins puent la pisse, Pisse et serments éclatés, Éclatés serments, pisse partout. **Fous l’camp.** **Fous l’camp, fous le camp.** Dehors les silences sont des claques sèches, Des bus à l’agonie, roues en l’air, Clés tordues, panique en solde, Ils t’enfermeront dans un bureau-tombeau. Ici le ciel n’est qu’un vieux néon, Néon vieux, ciel crevé, ciel crevé. Ils crèveront l’écran, Te vendront une carrière en toc, Ton gosse ils l’boufferont dans leurs paperasses. Ils cassent rien. Ni lois, ni chaînes, ni dents. Juste ton âme. Avec un contrat pourri, Pourri contrat, âme cassée, âme tranchée. **Barre-toi. Fous le camp.** Dehors c’est la fête des âmes mortes, Batteries à sec, espoirs en cendres, Cendres d’espoirs, batteries mortes et fortes. **Fous l’camp.** Le ciel est un couvercle en béton, Les oiseaux s’écrasent, plumes en sang, Sang de plumes, oiseaux écrasés, écrasés. Je lis rien dans le temps qui fuit. Rien. Juste des taches sur du ciment crade et fade. T’as des yeux qui brillent, pathétiques et comiques, L’amour c’est une blague qui t’égorge, Qui t’égorge, blague d’amour, blague qui gorge. Tu vois ce qui n’existe pas. Moi je piétine des larmes sèches, Neptune peut crever, j’ai rien semé, rien aimé. Mes armes sont des tessons, des clous rouillés, Rouillés clous, tessons d’armes, armes de gueux. **Barre-toi. Fous le camp.** Mes amis sont des fantômes. Je les compte dans les bouteilles vides, Vides bouteilles, fantômes comptés, comptés. **Barre-toi. Fous le camp.** **Barre-toi.** J’ai autant d’amis qu’un dépotoir. Le monde peut s’étouffer dans sa crasse, Crasse du monde, dépotoir d’amis, amis de rien. **Fous l’camp.** **Barre-toi.**

