
C'est un puissant vaisseau, précaire embarcation, Qui essaya un jour de briser l'ocean. Fantastique inconscience, inutile ambition Que vouloir par orgueil écraser un géant ! Et pourtant, un matin le vaisseau fit croisade, Partit le vent en poupe à l'assaut du géant. Quelque ride invisible déformait par saccade L'insensible peau noire du huileux océan. Le vaisseau survolait les vagues en défaite, Le vaisseau se gaussait des vieux dieux en courroux. Il voulait s'éloigner des légions de mouettes Fidèles annonciatrices de la terre des fous. Terre de faiblesses et de laches passions ! Il voulait la quitter. La mer, elle, est maitresse ! Sous son masque de verre se cachent des démons De tempêtes et d'orages. La mer, elle, est traitresse. Toujours prête à couler les brindilles mordantes Qui viennent s'abimer sur ses lames meurtrières, Elle se plait à soumettre, délicieuse géante. La mer est un berceau ainsi qu'un cimetière. Elle s'agite enfin, quand, sur sa peau fillette, Un éperon de bois lui racle le dessous. Car le vaisseau volait sur les flots en défaite, Car le vaisseau riait aux vieux dieux en courroux. Elle s'énerve enfin quand, sur sa peau qui fouette, Cet éperon de bois lui saigne le dessous. Mais le vaisseau volait sur les flots en défaite, Mais le vaisseau riait aux vieux dieux en courroux. Et l'orage gronda. Le vaisseau attaqua, Tonnes d'eau pourfendit. Mais la mer riposta, le vaisseau engloutit; Et l'onde se gaussa. Les rides disparurent et jeunesse revint, Calme, beauté, quiétude, et paresse enfin. C'est un frêle bateau, précaire embarcation, Qui essaya un jour de briser l'océan. "Fantastique inconscience, inutile ambition que vouloir par orgueil t'écraser ô géant !"

