
Le confort du commentaire
Moi ? Je commente. Je décrypte. J’analyse. Toujours du bon côté, avec une prise de recul. C’est plus propre que de foutre les mains dans l’moule. C’est plus classe que de gueuler dans la brume. Je vois clair. Moi, j’sais comment faut faire. Pas comme ces gueux qui bloquent des routes en colère. Moi, j’ai pas besoin d’casser des vitrines, J’ai mes mots, mes tweets, ma tribune divine. J’fais pas grève, j’argumente dans les dîners, Et j’dis "faut pas cliver" quand les autres vont crever. Je connais bien la lutte, de loin, à distance, Avec mon ton calme, et mon air d’importance. C’est pas qu’j’m’en fous… c’est que j’suis lucide. Les autres s’agitent ? Moi, j’reste placide. J’dis pas qu’ils ont tort, mais faut qu’ils fassent mieux, Sans crier, sans heurts, sans trop d’feux. J’vois bien qu’c’est pas parfait, Mais moi j’fais c’que j’peux : je juge depuis mon canapé, À l’abri des pavés, des bleus et des procès. J’suis pas dans la rue… mais j’sais mieux qu’eux. Je suis l’expert invité sur les plateaux, Je pondère, je nuance, j’explique de haut. Quand ça pète ? Je parle d’problèmes complexes, Faut pas simplifier, ni faire d’texte. Ils crient justice ? Moi j’vois d’la violence. Ils réclament tout ? Moi j’demande patience. Et si un môme s’étouffe sous les genoux d’un keuf, J'dis qu'il a sans doute cherché, p'têt' même mérité C’est pas qu’j’m’en fous… c’est que j’suis lucide. Les autres s’agitent ? Moi, j’reste placide. J’dis pas qu’ils ont tort, mais faut qu’ils fassent mieux, Sans crier, sans heurts, sans trop d’feux. J’vois bien qu’c’est pas parfait, Mais moi j’fais c’que j’peux : je juge depuis mon canapé, À l’abri des pavés, des bleus et des procès. J’suis pas dans la rue… mais j’sais mieux qu’eux. Je suis celui qui sait. Celui qui juge. Celui qui reste assis et qui refuse qu’on s'bouge. Faut pas trop s’émouvoir, faut pas trop rêver, Moi j’protège le réel… surtout quand j’suis peinard à côté. La prochaine fois que tu diras "ils vont trop loin", Qu’"ils nuisent à la cause", qu’ils dérangent ton matin… Quand tu balances "les wokes", comme un mot sans couleur, Demande-toi si t’as déjà saigné pour leur douleur. Quand tu critiques la forme, mais jamais la misère, Quand tu condamnes la casse, mais ignores l’enfer… Rappelle-toi : t’étais où quand tout s’écroulait ? Peut-être là, assis, à dire "j’aurais pas fait…" Dans le confort... Du commentaire.

