Je suis un collectif Je suis un collectif, actif, inactif, suggestif et furtif. Je suis un collectif, trente-six milliards de cellules pour vous le démontrer. Je suis tout ce qui m’a fait, je suis tout ce qui m’a défait. Je suis tout ce qui m’a préparé, je suis tout ce que j’ai essayé, je suis tout ce qui m’a réparé. Je suis parfois sans ferveur, souvent sans rancœur. Je suis tous ceux que j’ai aimés, tous ceux que j’ai repoussés, évités, contournés, tous ceux que j’ai habités et tous ceux qui m’ont hanté. Je ne me suis pas fait tout seul, je suis né seul, je vais mourir seul. Et c’est moi qui déposerai des racines de ginseng, des fleurs de trèfle, des brins de romarin sur mon linceul. Après, ils pourront m’enterrer, m’incinérer, m’aquamer, me momifier, me disperser. J’aurai assez semé de mon humanité, assez usé la semelle de mes souliers pour me faire oublier, pour laisser desquamer mes pensées délavées le long des ruisseaux de cette humanité. Je suis un collectif. Je suis tout ce qui m’a fait, je suis tout ce qui m’a défait. Et quand nous allons nous évaporer, allons-nous nous réincarner, ressusciter, ou simplement nous étioler, nous disperser à travers la Voie lactée ? Je suis un collectif, pensif, discursif, persuasif et dissuasif sur un frêle esquif, mais toujours un collectif.