
Chicago… Mille neuf cent cinquante-neuf… Le Velvet Room… L’arrière-salle pleine de fumée… Et dans cette ville… Chaque homme a un prix… Certains paient en billets… D’autres… Paient dans le sang. J’ai pris ma plus belle plume ce soir Trempée dans les néons noirs Écrit ce son comme un revolver Encore un faux roi six pieds sous terre Toi tu dormais derrière les bars Ivre mort au fond des gares Les Black Saints t’ont sorti du froid Et maintenant tu veux mordre la main qu’on tendait vers toi Tony Glass et son champagne bas d’gamme Grande gueule brûlée par ses propres flammes Tu voulais mes costumes, mon respect, mon rang Maintenant les loups sentent déjà ton sang T’as ouvert Marino’s sur l’avenue Pizzas froides et loyers jamais rendus Ton rêve a coulé dans l’quartier italien Et maintenant toutes les rues réclament leur dû gamin La raison résonne… Boom boom dans les ruelles sombres La raison résonne… Chaque traître finit dans l’ombre Claque des doigts écoute la basse gronder Chicago la nuit va t’avaler La raison résonne… Et la ville n’oublie jamais T’as vendu des noms au Red Harbor Crew Les rats des docks en manteaux bleus Tu croyais doubler les Black Saints Sans entendre les cloches des morts au loin Mais cette ville parle à travers les saxophones Les barmans, les taxis, les téléphones Et chaque musicien dans les clubs enfumés Savait déjà qu’t’étais condamné T’enviais le calme dans mon regard Mon manteau noir, mes gestes rares Mais t’as jamais compris une chose Le silence vaut plus qu’une couronne rose Pendant qu’Lola dansait dans la fumée Toi tu regardais ta vie brûler Tu parlais trop, tu buvais trop Les types comme toi finissent sous les métros La raison résonne… Boom boom sous les trompettes tristes La raison résonne… Les grandes gueules meurent trop vite Tape des mains écoute les rails pleurer Un mauvais choix et tout peut tomber La raison résonne… Et ce soir ta chance est terminée Arrière-salle… Deux verres… La pluie sur les vitres… Et toi… Tu pensais encore pouvoir négocier… Pauvre Tony… Cette histoire était finie… Le jour où t’as trahi la famille. Velvet Room et vieux jazz lent Fumée bleue sous les néons tremblants Tu continuais d’parler pendant qu’j’servais ton verre Trop aveugle pour sentir l’amande amère Du cyanure caché dans le bourbon doré Pas besoin d’armes pour les histoires glacées T’as porté la main à ta gorge trop tard Comme un vieux boxeur tombant dans le noir Dehors… Chicago continuait d’respirer Métros vides et pluie d’hiver Dedans… Le piano jouait doucement Pendant qu’un rêve mourait lentement Pas d’cris… Pas de scène dramatique… Juste du poison… Et un saxophone mélancolique La raison résonne… Boom boom sous la pluie noire La raison résonne… Le pouvoir laisse toujours des cicatrices quelque part Les Black Saints marchent en costume sombre Et chaque pécheur finit dans l’ombre La raison résonne… Et la ville savait déjà l’histoire Tony Glass… Mort à trente-deux ans… Cause du décès ? Trop d’ambition… Pas assez de silence…

