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Le jour où demain se souvint

V6

[Intro – Voix basse, quelques notes de piano] Dans un pays qui n'existe pas, les enfants naissaient avec des souvenirs. Les vieillards racontaient leur avenir. Et les morts, certains soirs, revenaient demander ce qu'on avait fait de leur absence. Un homme marchait seul. Il avait rendez-vous avec son premier regret. [Couplet 1 – Narratif, guitare sèche] Il avait volé le pain d'un pauvre, un soir de neige, un soir de faim. Il avait menti pour sauver sa peau, et perdu quelqu'un pour presque rien. Il avait dit : « Demain, je change. » Demain avait ri dans son sommeil. Car demain, dans ce pays étrange, était déjà l'hier de la veille. Il remontait la route à reculons, les pas devant lui, l'ombre derrière. Il cherchait la source de ses actions, le premier caillou dans la rivière. [Anaphore – Montée progressive] Il voulait revoir le mot qu'il avait dit, il voulait revoir la porte qu'il avait fermée, il voulait revoir le visage qui s'était détourné, il voulait revoir… mais le monde avançait. Et plus il reculait, plus ses traces le devançaient. [Refrain – Mélodique, ample mais retenu] Hier, c'était demain, demain portait ses vieux chagrins. Le temps avait changé de sens, mais pas le poids de ses silences. Hier, c'était demain, et demain lui tendait la main. Si je recommence à l'envers, serai-je meilleur… ou seulement plus fier ? [Couplet 2 – La rencontre, couleur de conte] Au bord d'un puits, une petite fille dessinait un soleil noir. « Pourquoi tu pleures, monsieur ? » « Je cherche un autre départ. » Elle lui montra son dessin : un homme qui tenait deux ombres. « Celle-ci marche vers le matin, celle-là vers ce qu'il fait dans le monde. Mais regarde bien, monsieur, elles ont toutes deux tes chaussures. Tu peux changer le sens des heures, pas la trace de tes blessures. » Alors il se souvint — analepse, retour dans la mémoire — du jour où son père, assis près du feu, lui avait dit : « Un homme devient l'histoire des gestes qu'il laisse derrière lui. » Il avait ri, ce jour-là. Il avait vingt ans. Il croyait que les morts exagéraient. [Refrain – Avec chœurs lointains] Hier, c'était demain, demain portait ses vieux chagrins. Le temps avait changé de sens, mais pas le poids de ses silences. Hier, c'était demain, et demain lui tendait la main. Si je recommence à l'envers, serai-je meilleur… ou seulement plus fier ? [Pont – Voix parlée, musique suspendue] Il arriva devant sa maison. La porte était ouverte. Sa mère était là, jeune, avec la fatigue au bord des yeux. Il voulut dire : « Maman, j'ai compris. » Mais elle dit : « Tu n'as pas compris. Tu es revenu. Ce n'est pas pareil. » Il voulut lui rendre les années, les nuits où elle l'avait attendu. Il voulut lui rendre les mots, les mots qu'il n'avait jamais eus. Elle prit sa main. « Tu me demandes de te pardonner pour que tu puisses te souvenir autrement. Mais je ne suis pas là pour blanchir ton passé. Je suis là. Maintenant. » [Break – Percussions lentes, presque un battement de cœur] Alors il cessa de marcher à rebours. Il cessa de négocier avec les morts. Il alla chez l'homme qu'il avait dépouillé, et lui rendit ce qu'il pouvait. Il alla vers la porte qu'il avait fermée, mais n'exigea pas qu'on l'ouvre. Il posa ses excuses sur le seuil, et repartit sans réponse. Il ne savait pas si c'était assez. Il ne savait pas si c'était juste. Il savait seulement : cette fois, il n'avait pas fui. [Dernier refrain – Plus intense, puis dépouillé] Hier, c'était demain, demain portait ses vieux chagrins. Le temps avait changé de sens, mais pas le poids de ses silences. Hier, c'était demain, et demain lui tendait la main. Il ne pouvait pas refaire la lumière, mais il pouvait cesser d'ajouter de la nuit sur la terre. [Outro – Voix seule, piano] Au village, les horloges se remirent à l'endroit. Les enfants oublièrent leurs souvenirs. Les morts rentrèrent dans leurs tombes. L'homme, lui, ne demanda plus si le temps pouvait le sauver. Il regarda ses mains. Hier y dormait. Demain y tremblait. Et le jour, tout simplement, attendait son geste.