Je vais chanter pour toi... Le wagon respire doucement // Je trouve ma place.// La journée commence // Une famille m’entoure, deux femmes, trois filles, un homme barbu. Le bébé dort encore. Je cède mon lit du haut, près du ventilateur, qui bourdonne comme une ruche.// La nuit est lente. À l’aube, les enfants jouent. La petite masse les joues du bébé. Elle pince sa sœur, qui se retourne, surprise. Elle me regarde, mais comprend vite. La petite est grondée, et tout le monde rit. Des mendiants montent, corps brisés, regards absents. Ils glissent entre nous. Je ressens la pitié. Un garçon voit une flaque, retire sa chemise rêche. Il frotte, éclabousse, et gagne un peu de respect. Les étudiants chantent, me demandent une chanson. Je chante la chanson letton, et je suis surpris de moi-même. Puis une femme chante, regard profond, voix puissante. Elle chante pour les enfants, pour Dieu, pour moi. Elle n’a pas mangé, mais chante avec grâce. Je lui donne du pain, elle me donne sa voix. Elle chante que Dieu aime, ceux qui aident les autres. Que la gratitude est une offrande. Et que ceci est sa chanson du jour. Quand elle part, nous restons silencieux. Comme si le wagon était devenu un temple. Quand elle part, nous restons silencieux. Comme si le wagon était devenu un temple.