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Les couronnes par terre

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V6

Mon frère, tu laisses les couronnes par terre. Entre le ciel et le miroir, tu poses l’autre. « Parce qu’il souffre. Cela suffit. » Je ne discute pas le geste. Je te demande d’où il tient son poids. [Pause] Si l’univers n’va nulle part, si la souffrance n’enseigne rien, si la mort ne conclut rien — pourquoi la plaie d’autrui obligerait-elle davantage que l’indifférence ? Qui, en toi, décide que « cela suffit » est suffisant ? [Pause] Tu as chassé Dieu du tribunal. Tu refuses d’y mettre ton visage. Alors où siège la phrase : je tends la main ? Est-elle reçue ? Choisie ? Évidente ? Si elle est évidente, pourquoi le bourreau ne la voit-il pas ? Si elle est choisie, en quoi n’est-ce pas encore une couronne — plus petite, posée sur la blessure ? Si elle est reçue, reçue de où — puisque tu refuses la Source ? [Pause] Tu dis : je ne suis pas la Source. Mon reflet non plus. D’accord. La souffrance de l’autre, alors : est-elle source, ou seulement un fait ? Un fait ne commande pas. Une source, si. Laquelle des deux fais-tu de la plaie ? [Pause] Tu gardes deux questions : l’Axe, le miroir. Tu en ajoutes une troisième sans l’appeler question : l’autre. Pourquoi celle-là a-t-elle le droit de conclure quand les deux premières n’ont pas le droit de nommer ? [Pause] Tu dis : je ne suis pas la Source. Alors qui l’est ? De qui arrives-tu après ? Si personne — le « je » que tu viens de destituer est encore le premier sur place. Si « l’autre qui souffre » — tu as nommé une source en refusant d’user le mot. Si tu ne sais pas — le mot Source peut-il rester interdit sans que le trou devienne à son tour un trône ? Tu n’as pas à remplir. Tu as à voir que « je ne suis pas » n’a pas encore dit de qui tu es. Dernière, et je m’arrête : les couronnes par terre — les as-tu déposées, ou les as-tu seulement déplacées sur le visage de celui qui saigne ? [Silence]