
Ils veulent...
Intro parlé [Grésillement. Souffle sale. Écran cathodique.] Bonsoir la France. Ici la voix qu’on entend mal, mais qui dit vrai. L’écran tremble, l’image bave, mais le réel, lui, reste net. On vous a vendu l’ordre, pendant qu’en bas ça survit dans le désordre. On vous a vendu la justice, pendant qu’la misère attend dans le couloir. Ce soir, pas d’habillage. Pas de drapeau. Pas de mensonge propre. Ce soir, on compte les blessures une par une. ## Couplet 1 J’écris pour les halls usés, les murs froids, les visages en veille Pour les gosses qui dorment léger, parce qu’la peur coupe leur sommeil La France fait des grands discours, bien repassés, bien calibrés Mais dans les tours, y’a des familles que l’hiver finit par dévorer Des apparts vides, des squats pleins d’vie, et des jugements pleins d’mépris Comme si chercher juste un toit faisait d’toi l’ennemi du pays On parle propriété sacrée, jamais d’abandon organisé Jamais des blocs entiers laissés morts pendant qu’des corps sont expulsés Ils veulent le calme sans justice, le respect sans jamais en rendre Ils veulent qu’on souffre en silence, qu’on tombe sans jamais les entendre Pendant c’temps-là les palais brillent, les vitrines vivent sous alarme Le patrimoine dort sous verre, dehors les vivants rentrent sans armes Au Louvre on protège les bijoux, les cadres, les éclats, les pierres Mais qui protège avec la même force les vivants noyés dans la galère ? C’est pas l’vol qui m’fait écrire, c’est l’échelle morale qu’il révèle Un pays qui garde mieux l’or que l’humain quand sa vie chancelle ## Refrain Ils veulent du calme sur des ruines, des lois propres sur des combines Des grands discours, des mains divines, pendant qu’la rue saigne dans les lignes Nous, on a l’vécu dans l’poitrail, la rage lucide dans les syllabes On met l’vrai sur l’autel du texte, même si leur monde trouve ça grave Ils veulent du silence poli sur tout c’qu’ils ont laissé pourrir Mais quand la vérité remonte, aucun costume peut la couvrir Si ma voix te fout des frissons, c’est qu’le mensonge a trop duré Et qu’sous l’béton, malgré leurs bottes, la mémoire continue d’crier ## Couplet 2 J’parle des prisons, des couloirs gris, des ordres passés dans l’angle mort Des crimes pensés derrière des portes pendant qu’la télé vend l’effort On t’parle de redresser des vies, mais souvent ça recycle la casse On enferme les corps, pas les réseaux, ni les haines qui se déplacent Entre deux fouilles, trois portes blindées, des consignes partent sans visage Et dehors ça tombe, ça saigne, ça meurt, pendant qu’les bureaux font l’triage L’État regarde par morceaux, reporte, classe et moralise Comme si l’béton changeait le fond d’une machine qui s’organise Puis les plateaux viennent débattre, experts lisses, regards tranquilles Ils parlent d’en bas comme d’un dossier, jamais comme d’un champ d’exil Jamais la racine, toujours la faute, jamais la faim, toujours la chute Jamais l’système, toujours l’individu qu’on isole ensuite qu’on discute La politique aime les bougies quand les caméras sont bien placées Deux phrases graves, trois mines serrées, puis les promesses sont déplacées Le peuple veut juste des toits, des soins, des écoles, un peu d’air Eux veulent du chiffre et du contrôle pour rassurer l’électorat d’hier ## Refrain Ils veulent du calme sur des ruines, des lois propres sur des combines Des grands discours, des mains divines, pendant qu’la rue saigne dans les lignes Nous, on a l’vécu dans l’poitrail, la rage lucide dans les syllabes On met l’vrai sur l’autel du texte, même si leur monde trouve ça grave Ils veulent du silence poli sur tout c’qu’ils ont laissé pourrir Mais quand la vérité remonte, aucun costume peut la couvrir Si ma voix te fout des frissons, c’est qu’le mensonge a trop duré Et qu’sous l’béton, malgré leurs bottes, la mémoire continue d’crier Refrain Ils veulent du calme sur des ruines, des lois propres sur des combines Des grands discours, des mains divines, pendant qu’la rue saigne dans les lignes Nous, on a l’vécu dans l’poitrail, la rage lucide dans les syllabes On met l’vrai sur l’autel du texte, même si leur monde trouve ça grave Ils veulent du silence poli sur tout c’qu’ils ont laissé pourrir Mais quand la vérité remonte, aucun costume peut la couvrir Si ma voix te fout des frissons, c’est qu’le mensonge a trop duré Et qu’sous l’béton, malgré leurs bottes, la mémoire continue d’crier Outro parlé [Souffle. Parasites. L’image vacille.] Fin de transmission. Si t’as rien vu, c’est qu’on t’a appris à détourner les yeux. Si t’as rien entendu, c’est que le confort couvre mieux le vacarme que les sirènes. Demain ils diront qu’ils découvrent. Demain ils condamneront. Demain ils oublieront.

