
Le distributeur de café siffle dans le vide Trois pièces de dix centimes collent à mes doigts Une odeur de vieux fer et de produits d'entretien Le néon au-dessus grésille comme une insulte Mon briquet Bic ne veut plus rien savoir Je gratte la molette, le pouce en sang sur le métal Le train de 02h12 emporte mes silences La porte coulisse dans un bruit de métal tordu Je n'ai pas de valise, pas de bagage pour l'oubli Juste une veste trempée qui pèse tout mon ennui Le conducteur fixe le noir sans me voir Une affiche de vacances au soleil sur le carreau Déchirée au cutter sur le sourire d'une femme La poussière grise danse sur les banquettes froides J'ai laissé mon manteau sur le banc en bois Abandonner une trace, c'est déjà trop demander Le trajet durera quarante minutes de plus Le tunnel avale la lumière, le train s'efface Je ne cherche plus rien, personne à l'horizon Juste le prochain arrêt dans la nuit sourde Et le goût amer du café brûlé sur mes lèvres

