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Emile Trapu 5

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V4.5

© Lyrics by Harry Suez Voilà maintenant quelque instant que nous cheminons ensemble. Je sais que votre curiosité malsaine vous pousse à vouloir en savoir plus, toujours plus. Vous voulez des détails, des petites anecdotes dégoûtantes. Voyons, ne faites pas les mijaurées. Quel genre de personnes ouvrent ce livre ? Qui veut savoir ? Mais oui des gens comme vous. Ne le niez pas, je le sais. Au fond de vous réside une tache sombre, un petit étron timide. Derrière votre écran, vous êtes là, à vous passer langoureusement la langue sur les lèvres, humectées d'une humide concupiscence. Chatouillé par un attrait quasi sexuel de la méchanceté, du mal et de la douleur. Ne vous inquiétez pas, vous allez être servi. La bête sera bientôt nourrie. J'ai été comme vous, je l'avoue. Et je me suis laissé aller à mes penchants les plus coupables. Entraîné par les mauvaises personnes, au mauvais endroit, au bon moment. Mais qui suis-je, moi, Jacques Sauveur. N'est-ce pas la question que vous devriez vous poser ? Qui suis-je pour savoir, pour raconter cette histoire. Qui me l'a raconté à moi ? Sauveur est mon nom aujourd’hui et je crois que je le mérite. Si votre volonté ne lâche pas et si nous continuons ensemble cette histoire, alors je vous dirai plus. Ainsi donc le petit Emile est mis en nourrice chez la mère Macarel, née Cramont. Après trois jours nourris au sang de sa mère, le rejeton est tout famélique, tout faiblard. Et voilà qu’on lui présente sous le nez un téton rebondi, perlant d’une goutte d’orgeat lactifère. Il tète, il tète et sa petite bouche fait « miouch miouch miouch ». La faim est trop forte et il se rince le gosier à grandes gorgées. Mais vous le savez bien mes amis que quand le corbeau est plein, les cerises sont amères. Certes ce lait est riche et nourrissant, mais il n’a pas cette délicate note ferreuse du sang divin, il n’a pas ces petites croûtes coagulées qui croquent sous la dent. Bon, dans son cas, qui roulent sous la gencive. Ce petit mioche est déjà un gourmet et il juge le dîner bien tristounet. Pourtant tout autour de lui, les senteurs de la boucherie lui taquinent le nez, lui frisent les papilles. Mortecouilles, pense-t-il, se moque-t-on de moi? Alors il hurle, il hurle comme un forcené. Sans arrêt. Un cri à vous glacer le sang.