
*[Jazz lent — contrebasse, piano, balais. Voix féminine, grave, intime, presque parlée.]* [Couplet 1] J’entre dans la lumière sans te regarder. Je pose mon manteau sur le dossier du siège. Le pianiste commence une mesure très lente. Je commande un café, puis je change d’avis. Il y a dans le silence une place pour nous. Je parle doucement pour que tu viennes près. Tu crois que je récite quelque chose de vieux. Non. J’écoute seulement la façon dont tu respires. [Couplet 2] Cinq temps dans ma phrase, et pas besoin de rime. Je laisse chaque mot tomber où il doit tomber. La musique avance à la hauteur de ma voix. Tu suis le mouvement sans savoir pourquoi. Je pourrais dire ton nom, mais je ne le dis pas. Je préfère attendre encore une demi-seconde. Le désir aussi possède un rythme naturel. Il vient quand il veut. Jamais quand on l'appelle. [Refrain — chanté, très souplement] **Vers blanc.** Aucune rime entre nous. **Vers blanc.** Seulement le souffle et le temps. Je te parle, tu m'écoutes. Je m'arrête, tu t'approches. Entre chaque phrase, il y a quelque chose qui n'a pas besoin de rimer. [Couplet 3] Je pourrais faire joli, ajouter des fleurs partout. Je pourrais fabriquer des mots qui se répondent. Mais j'aime davantage les phrases imparfaites. Celles qui tremblent un peu quand la voix descend. Celles qui gardent la chaleur de la conversation. Celles qui ne promettent absolument rien. Regarde-moi. Je ne chante presque plus. Et pourtant tu écoutes encore. [Pont — piano seul] Le rythme est là. Il marche dans ma phrase. Ta-ta / ta-TAM, ta-ta / ta-TAM. Comme un pas. Comme le cœur. Comme une porte qu'on ouvre sans bruit. Je n'ai pas besoin de rime. J'ai besoin de mouvement. [Couplet 4] Alors approche, mais laisse-moi garder cet espace. Il y a des distances qui rendent la voix plus belle. Je pourrais te toucher, mais je préfère parler. Je pourrais t'embrasser, mais je préfère attendre. Certaines choses perdent leur musique quand elles arrivent trop vite. Alors reste là. Écoute encore. La nuit connaît déjà la fin de cette histoire. Moi, je n'ai pas décidé. [Dernier refrain] **Vers blanc.** Aucune rime entre nous. **Vers blanc.** Seulement le souffle et le temps. Je te parle, tu m'écoutes. Je m'arrête, tu t'approches. Et tout ce qui reste entre ma voix et la tienne n'a pas besoin de rimer. [Outro — murmuré] Pas de rime. Pas de promesse. Juste cinq battements qui reviennent naturellement. Et toi… qui respires dans le même rythme.

