
Très tôt… elle comprenait déjà : les choses que personne ne disait vraiment Elle observait les regards les silences les changements de voix les tensions dans une pièce avant même qu’un mot soit prononcé Comme si son corps entier était devenu : une antenne invisible Parce qu’un enfant qui grandit dans le chaos apprend souvent très tôt : à scanner le danger partout autour de lui Alors elle lisait : les émotions cachées les non-dits les incohérences les tristesses déguisées et les tempêtes invisibles derrière les sourires Là où certains écoutaient les mots Elle… ressentait surtout : ce qui vibrait derrière eux Pendant longtemps son corps restait maigre Comme s’il essayait lui aussi : de prendre le moins de place possible dans le monde Le stress brûlait tout Le sommeil réparait peu Son système nerveux vivait : en état d’alerte permanent Alors son corps apprit : à survivre plus qu’à habiter pleinement la vie Puis son corps a changé Sa féminité est apparue Et soudain… les regards ont changé eux aussi Les garçons regardaient surtout : sa poitrine ses formes son corps avant son âme Alors elle a commencé : à porter des vêtements larges à cacher ses courbes à effacer sa féminité et à disparaître derrière des tissus trop grands Comme si devenir visible était devenu dangereux Tout le monde continuait à voir : une enfant Mais à l’intérieur elle se sentait déjà : épuisée vigilante responsable et beaucoup trop lucide pour son âge Comme si le chaos autour d’elle avait transformé trop tôt : l’enfant en adulte silencieux Elle ne voulait pas attirer l’attention Pas davantage Elle se sentait déjà différente depuis toujours Alors quand ses perceptions sont devenues plus fortes encore elle a essayé de les nier D’éteindre cette intuition De faire semblant : de ne rien voir de ne rien ressentir de ne rien savoir Mais certaines sensibilités ne disparaissent jamais totalement Parce qu’elles sont nées : dans les blessures dans l’observation dans l’hypervigilance et dans une conscience développée trop tôt L’enfant devenu adulte qui lisait dans les silences voyait souvent : ce que les autres essayaient de cacher Les regards faux les émotions retenues les blessures derrière les masques et les vérités coincées dans les non-dits Alors elle grandissait avec cette sensation étrange : de ressentir le monde beaucoup trop profondément Pendant longtemps elle a cru : qu’il fallait se cacher pour être acceptée Cacher : son corps sa sensibilité ses perceptions sa différence et même parfois : sa lumière Parce qu’au fond elle voulait simplement : être normale et ne plus porter le poids d’être “celle qui ressent tout” Puis un jour elle a compris : que ses perceptions n’étaient pas une faiblesse Mais une manière profonde : de lire le vivant Alors elle a cessé progressivement : de se fuir de se cacher et de s’effacer pour rassurer les autres Elle a compris : que son corps n’était pas un danger Qu’il n’avait plus besoin : de disparaître de se contracter ou de prendre le moins de place possible Alors doucement… elle a commencé : à habiter sa propre présence Et peut-être qu’au fond… Ses dons sont nés : le jour où son système nerveux a appris à écouter le monde entier pour réussir à survivre dedans L’enfant devenu adulte qui lisait dans les silences n’a jamais réellement disparu Mais aujourd’hui… elle regarde enfin cette sensibilité : sans honte sans peur et sans vouloir l’éteindre Parce qu’elle comprend désormais : que certaines âmes développent parfois une perception immense du vivant après avoir traversé énormément de chaos Pendant longtemps… elle a essayé : de devenir invisible Aujourd’hui… elle apprend enfin : à exister sans se cacher.

