
[Intro] Le trente-et-un octobre, Je ferme les volets, Je décroche le téléphone, Je suis pas là, c'est complet. J'ai mis deux chaises derrière la porte, Un crucifix sur le buffet, Cette année, si quelqu'un sonne, Il va falloir le mériter ! [Couplet 1] Y a des squelettes en baskets Qui piétinent mes géraniums, Des sorcières à couettes Qui réclament leur pesant de gomme. Des zombies qui perdent leurs dents Avant même d'avoir des caries, Des petits morts-vivants Qui veulent des bonbons gratuits ! Ils me disent : « Des bonbons ou un sort ! » J'ai répondu : « Choisissez ! J'ai du cyanure, j'ai du camphre, Et du dentifrice périmé ! » J'ai de l'ail pour les vampires, Du poivre pour les loups-garous, Et des crottes de bique en vrac Pour les amateurs de Dragibus ! [Refrain] Des bonbons ou des regrets, Des caramels ou des condoléances, J'ai de quoi vous enterrer Mais j'ai perdu le sens des convenances. Des bonbons ou des regrets, Approchez, mes petits suppliciés ! J'ai le sourire d'un bienheureux… Et les poches pleines de cachous. [Couplet 2] La petite qui porte un linceul Me demande si j'ai des langues de chat. Je lui dis : « J'en avais une, Mais elle ne m'obéissait pas. » Le petit qui joue au vampire Me demande un peu de réglisse. « Mon garçon, à ton âge, On mord avant de faire ses délices ! » J'ai préparé des sacs-poubelle, Des étiquettes avec leurs noms, Au cas où leurs parents s'inquiètent, Je dirai : « C'est pour les bonbons. » J'ai même acheté des cierges, Pour l'ambiance et pour le cas Où l'un d'eux aurait la mauvaise idée De me demander pourquoi. [Refrain] Des bonbons ou des regrets, Des caramels ou des condoléances, J'ai de quoi vous enterrer Mais j'ai perdu le sens des convenances. Des bonbons ou des regrets, Approchez, mes petits suppliciés ! J'ai le sourire d'un bienheureux… Et les poches pleines de cachous. [Couplet 3] Ding dong ! J'ouvre la porte, un petit fantôme Me tend son seau avec entrain. J'ai déjà ma phrase assassine Et mon discours sur les gamins. Mais il a les joues toutes rouges, Un bonnet de travers, des yeux immenses. Il dit : « Monsieur, vous êtes gentil, Vous avez une tête qui fait peur, c'est immense ! » Je lui donne trois caramels, Deux réglisses et quatre nounours. Il me dit : « Vous êtes super ! » Je réponds : « Dégage, et bon retour. » Je ferme la porte. Silence. Je regarde le fond du sachet, Les petits papiers, les emballages, Et je souris comme un imbécile Devant le reflet de mon vieux visage. [Couplet 4] J'avais huit ans, j'avais une cape Découpée dans un vieux rideau. Je sonnais chez la dame du troisième, Qui me donnait des cachous. Le monsieur d'en face avait des langues De chat, qu'il gardait dans un pot. Il disait que c'était ses enfants, Mais il en avait toujours trop. On courait dans les escaliers, On avait peur pour de vrai, Et les adultes derrière leurs portes Faisaient semblant de nous détester. Y en avait un qui criait « Au diable ! » En nous tendant des Carambars. On croyait vraiment qu'il était méchant… On n'avait pas vu son regard. [Couplet 5] Ding dong ! Je remets mon sourire en place, Je bombe le torse, je prends ma voix. « Qui ose troubler ma retraite ? » Trois petites sorcières devant moi. L'une a perdu son frère en route, L'autre a du sang sur son menton. Je dis : « Entrez, j'ai du stock… Enfin, non, je veux dire : des bonbons ! » Je fouille dans mon grand buffet, Je leur donne tout ce qui me reste. Elles me disent : « Merci, monsieur ! » Je réponds : « C'est ça, la peste. » Elles repartent en rigolant, Leurs petits sacs cognent contre leurs jambes. Je reste là, la main sur la poignée, Avec un drôle de vide dans l'âme. [Refrain] Des bonbons ou des regrets, Des caramels ou des condoléances, Je pourrais vous étrangler… Mais j'ai gardé quelques bonnes manières. Des bonbons ou des regrets, Revenez l'année prochaine, mes petits. J'aurai de l'ail pour les vampires, Et des Dragibus pour les zombies. [Outro] Ding dong ! J'ouvre la porte. Personne. Juste un petit sachet de bonbons Posé sur le paillasson. Avec un mot écrit de travers : « Pour le monsieur qui fait peur, Mais qui donne toujours les meilleurs. » Je referme doucement la porte, Je range mon air de vieux méchant. Et je garde le sachet dans ma poche… Comme quand j'avais huit ans.

