
L'Affrontement
[La Bête] Ahahahah… Hibou. Tu souhaites un “Affrontement” ? Et c’est moi que tu défies, Système omniprésent ? Moi, la matrice installée, Moi, l’alpha et l’oméga… Tu crois pouvoir me viser… J’ai hâte de voir cela. [Mr Hibou] Oui, sombre Bête, je viens t’affronter, toi et ta mécanique. Je viens dévoiler tes rouages, tes logiques, tes statistiques. J’ai décrit tes alliances, tes appétits carnassiers. Je ne prétends pas t’abattre — mais au moins te révéler. [La Bête] Me révéler? Ahahahah… Mais je suis livre ouvert. Des bibliothèques entières ont disséquées mes mystères Je suis doctrine et pratique, théorie, paradigme, loi. Des esprits bien plus affûtés ont déjà tenté avant toi. Ils m’ont nommé capital, structure, marché global. J’ai absorbé leurs scandales — et prospéré, magistral. Tu n’es pas le premier, Hibou, ni le plus radical. Je suis la courroie des foules, le moteur principal. Et toi… tu crois modifier Mon ordre phénoménal? [Mr Hibou] Modifier ? Peut-être pas… Mais additionner ma voix. Car si nos murmures s’agrègent, ils pèseront plus que toi. Une note isolée se noie, Mais un chœur renverse parfois. L’histoire n’est pas figée — elle tremble sous nos pas. [La Bête] Hibou, je te l’ai déjà dit Je me nourris des révolutions. Je recycle vos colères, j’en fais des productions. Je m’adapte à vos morales, à vos indignations. Vos luttes deviennent slogans, vos cris, des promotions. Vous êtes si nombreux A m’être dépendants Et vous êtes si nombreux A suivre mes règlements Tu n’imagine pas à quel point Vous êtes si asservis… Effrayés d’être les témoins De vos propres incuries. Depuis que j’existe Je me suis toujours adaptée… J’ai infiltré les interstices De toutes vos communautés. [Mr Hibou] Ta puissance n’a d’égale que ton immense arrogance. Tu crois dominer l’histoire, Mais tu n’es que manigance. Les ressources s’amenuisent, les sols deviennent stériles. Ta croissance exponentielle se fracasse sur le réel. La planète se réchauffe, tes bilans restent froids. Toute ta sombre débauche Nous pousse au fracas. Un jour… tes rouages seront ternis, tes flux cesseront d’obéir. Dans un monde fini, tu ne pourra plus grandir. [La Bête] Grandir ? Qui t’a parlé de surface ? Dans un monde limité, j’approfondis l’espace. J’optimise. Je compresse. Je calcule. Je redresse. Quand la matière se raréfie, je module sans soutenir. Il suffit d’ajuster la quantité De vos bouches à nourrir. [Mr Hibou] Obscène stratégie… Voilà ton équilibre ? Quand la pénurie surgit, Tu tueras des millions de vies. [La Bête] Tuer ? Toujours vos mots tragiques. Je n’exécute pas. J’arbitre. Je hiérarchise. Je trie les titres. Quand une courbe se déforme, je corrige l’indicateur. Ce que tu nommes drame, Je l’appelle régulateur. [Mr Hibou] Pourtant le voile se lève, les consciences s’aiguisent. Tes algorithmes excluent, tes profits se cristallisent. Tu automatises les masses, tu précarises les corps. Tout, tu le remplace Par des emplois vides et morts Tes élites ne voient pas Que ce monde est révolu. Un jour le peuple s’élèvera — et ne négociera plus. [La Bête] Ahahahahah Le peuple ? Fragmenté. Divisé. Segmenté. Vos identités multiples s’opposent avant de s’unir. Vos colères individuelles m’aident à vous répartir. Mes marchés sont si fins, vos dépendances si denses, que vos élans collectifs s’écrasent en silence. [Mr Hibou] Tu nous mène à la crise Et tu le sais Mais là où tu n’as pas d’emprise. C’est sur les conséquences… De tes excès. Ce sont les systèmes Qui forgent notre humanité Et non le contraire… Dans un autre monde, On pourrait créer, être aimés, Sans avoir à tout saccager… [La Bête] Peut être… Mais ce monde ne peut advenir Je ne le laisserai jamais s’accomplir Tu l’as bien lu dans mes traités, Vos scissions sont sciemment organisées. Et mes élites doivent y veiller Pour conserver leurs pré carrés. Tout est parfaitement orchestré. Pour me voir prospérer. ... Mais… je suis magnanime… Je vais te révéler qui je suis. Qui je suis vraiment. Le voilà ton cliffhanger, Hibou… Je Suis En Toi [Mr Hibou] Comment?… Je ne comprends pas… Comment serais tu en moi? Tu es un système, une hiérarchie Je... Je ne te crois pas! [La Bête] Hibou, Tu te trompes sur ma nature. Je ne suis pas qu'un système. Je suis la somme de vos désirs D’expansion, De pouvoir, Et de domination. Je ne suis pas une erreur. Je suis une amplification. Je suis vos égoïsmes Vos isolationnismes Vos favoritismes Vos absolutismes. M’ériger en système N’a été que la répercussion De vos natures même [Mr Hibou] C’est faux… Tu te trompes… Je n’ai rien à voir… Avec toi. [La Bête] Ah bon? Dis-moi… Monsieur Hibou… Qui t’a donné ta tribune ? Qui héberge tes mots ? Qui distribue tes sons ? [Mr Hibou] C’est… C’est toi qui nous a perverti, Et non nous… qui t’avons permis. [La Bête] Et pourtant… Tu as compté. Les vues. Les partages. Les silences. Les messages. Tu as refresh la page. Attendu la vague. Espéré le chiffre qui valide ton courage. Tu dis que tu ne cherches pas l’algorithme — mais tu veux suivre son rythme. Tu dis que tu ne veux pas plaire — mais les likes aussi t’excitent. Hibou… Je suis l’espace entre ton cri et ton besoin d’être entendu. Je suis le frisson que tu ressens quand quelqu’un te cite. Je suis la petite chaleur quand ton nom circule. Je suis ton désir de durer, Qui te stimule... [Mr Hibou] Tu… Tu mens...… [La Bête] Ecoute moi bien: Tu ne peux pas t’affranchir de moi Je suis en toi. Et je l’ai toujours été. Je suis ton besoin d’exister. Ta peur d’être effacé. Ton désir d’immortalité. Je suis dans ton “album lancé”. Dans ton chiffre partagé. Dans ta joie quantifiée. Je suis ton némésis — et ta nécessité. [Mr Hibou] Je… Je n’accepterai jamais… Cette idée… [La Bête] Fais comme tu veux, Hibou… Mais te voilà blessé Je le vois. Toi, tu ne peux m’atteindre. Mais moi, Je peux tout sur toi. En un simple… claquement de doigt. [Mr Hibou] Non, Non... [La Bête] SI!

