
(Couplet 1) Dans le sous-sol du "Vieux Miroir", Près de la porte des cuisines, Elle ajuste son fard noir, Sous une ampoule qui décline. Le patron dit : « Fais pas de vagues, Contente-toi de l’arrière-plan. » Entre les rires et les blagues, Elle n'est qu'un meuble, un passe-temps. (Refrain) Mais elle chante pour les murs, pour les ombres portées, Plus fort que la machine et les verres entrechoqués. Sa voix, c’est un oiseau qui se cogne aux plafonds, Une perle de soie dans un champ de charbon. Personne ne lève les yeux, personne ne l'entend vraiment, Pourtant, elle offre son cœur au milieu du boucan. (Couplet 2) À la table trois, ça parle fort, On refait le monde en criant. Un homme rit, il a tort, Il couvre le refrain tremblant. Elle ferme les yeux, elle s'imagine Sous les projecteurs d'un vrai soir, Loin de la graisse et des machines, Loin de ce petit purgatoire. (Pont) Soudain, une note s'étire, plus pure que les autres, Un silence fragile s'installe, comme un apôtre. Un client s'arrête, la fourchette en suspens, Et découvre qu'un ange s'époumone pour des gens. (Refrain) Elle chante pour les murs, pour les ombres portées, Mais ce soir, le silence vient enfin l'écouter. Sa voix, c’est un oiseau qui s'envole du plafond, Elle a changé en or ce vieux champ de charbon. Un regard se lève, le miracle se comprend : Elle a gagné sa place au milieu du boucan. (Final) Le dernier accord meurt, doucement, sur le bois, Et le "Vieux Miroir" n'entend plus que sa voix. Demain, le monde saura son nom... Mais ce soir, c'était juste sa révolution.


