
Arche Dévorée
“Journal du survivant… Cycle inconnu. Si ce message atteint encore une âme vivante… que les étoiles vous prennent en pitié.” ⸻ J’avais franchi les royaumes consumés des hommes, Les déserts où le ciel semblait vouloir mourir, Les cavernes irradiées dont les entrailles assomment Jusqu’aux derniers espoirs qu’un cœur puisse nourrir. J’avais vu les titans écraser les empires, Les océans de feu, les cités sans tombeaux, Et l’humanité ramper sous le poids du délire Comme un roi décharné couronné de lambeaux. Pourtant lorsque apparut l’arche aux jardins d’ivoire, Suspendue dans l’abîme au milieu des nébuleuses, Je crus voir se lever la fin de notre histoire, Une aurore éternelle aux promesses radieuses. ⸻ Mais sous l’or des verrières Sous les chants artificiels Je sentis palpiter Quelque chose d’immortel. ⸻ Voici mon dernier cri ! D’une arche aux vitraux stellaires ! Nous portions l’espérance entre nos mains meurtries, Nous avons nourri l’infection de l’univers… Voici mon dernier cri ! Avant de r’dev’nir poussière ! L’homme emporte ses démons hors de la galaxie, Jusqu’aux rivages des futures étoiles funéraires ! ⸻ Les couloirs respiraient comme des organismes, J’avance dans leurs ombres, en homme condamné, Et des voix autour de moi soufflaient dans un noir mysticisme Des prières pour celui que personne n’ose nommer… Alors je l’entendis. Cette présence immonde. Ce prophète difforme élevé dans la souffrance, Fusion mortelle et folle entre le vide et le monde, Motivé par la haine, noyé dans la démence. Rock…. Well…. Nom maudit que la mort elle-même abandonne, Architecte affamé d’un royaume organique, Il parlait par milliers de voix qui résonnent Comme si l’infini devenait symphonique. ⸻ JE L’AI VU ! Rampant parmis les miens ! JE L’AI VU ! Dévorant nos gardiens ! JE L’AI VU ! Sous mille yeux ouverts ! Le dernier cancer… …de l’univers ! ⸻ Regarde-les prier la machine et la chair, Des saints synthétiques sous des lumières éphémères, J’ai forgé mon histoire, j’ai traversé l’enfer, Maintenant l’aberrant veut coloniser l’éther ! Nous voulions “sauver l’Homme”, mais l’Homme est le problème, Chaque arche bâtîe, recrée les mêmes dilemmes Même rage, mêmes chaînes, même règne inachevé, On peut quitter la Terre, mais on ne pourra pas changer… Je cours dans les couloirs où les viscères ondulent, Les cadavres suspendus dans des capsules pullulent, J’entends des âmes qui supplient, nos espoirs qui reculent, J’avance sur des lignes codée, survivant funambule Et ça rampe ! Dans les câbles ! Dans les rêves ! Dans ma chair ! Dans les murs ! Dans les veines ! Dans les os ! Dans ma tête ! On voulait toucher les cieux ? Regarde ce qu’on a fait. Une arche pour les hommes ? Non. Un trône pour les damnés. ⸻ Voici mon dernier cri ! D’une arche aux vitraux stellaires ! Nous portions l’espérance entre nos mains meurtries, Nous avons nourri l’infection de l’univers… Voici mon dernier cri ! Avant de r’dev’nir poussière ! L’homme emporte ses démons hors de la galaxie, Jusqu’aux rivages des futures étoiles funéraires ! ⸻ Les chœurs dissonants, Désormais en moi, résonnent.. Mais des voix dans le néant N’atteignent jamais personne… “Fin du journal.”

