
[INTRO] (« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve […] n’habite pas dans des temples faits de main d’homme… il n’est pas servi par des mains humaines,… comme s’il avait besoin de quoi que ce soit,… lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses. ») [Instrumental] [spoken] Tu as regardé longtemps L’endroit que je désignais. Tu as dit : Il n’y avait personne. Je regarde le même endroit. Je ne vois pas un siège à pourvoir. Je vois un axe Qui n’a jamais demandé Qu’on l’occupe. [Instrumental] [spoken ] Tu as raison sur une chose : Même le renoncement peut régner. Même le « je ne suis rien » Peut signer encore. Je ne viens pas défendre ce roi-là. Qu’il descende. Sans procès. Sans épitaphe. Mais quand le palais devient silencieux, Tu nommes le silence : absence. Moi, je n’y entends pas une pièce vide. J’y reconnais ce qui n’avait pas besoin De notre mobilier. [instrumental] [Spoken] Tu as cessé de défendre l’Ego. Sur ce point, Nous sommes d’accord. Ce qui nous sépare N’est pas le trône brisé. C’est ce que tu fais Du plancher. [spoken] Le trône n’a jamais eu besoin de nous. Ni de mon règne, Ni de ton doute, Ni d’un ciel que j’inventerais Pour gouverner mes ruines. Le trône n’a jamais eu besoin de nous. Je peux perdre le centre Sans conclure Que le centre n’existait pas. Tu appelles cela un besoin de roi. J’appelle cela Ne plus confondre le Roi Avec le besoin que j’en avais. [instrumental] [Spoken] Tu te méfies des cathédrales Bâties au-dessus des vertiges. Moi aussi. Je me méfie autant Des autels qu’on dresse au vide Pour n’avoir plus à s’incliner. L’homme supporte très bien De perdre une illusion À condition qu’on lui permette D’en sacrer une autre. Parfois l’autre s’appelle Dieu. Parfois elle s’appelle : Je ne saurai jamais. [spoken] Tu demandes : Et si l’Ego désirait un Dieu absolu Pour être délivré du poids d’exister Sans justification ? Peut-être. Cette peur-là m’est connue. Mais une autre question me poursuit : Et si le « je ne sais pas » Pouvait aussi devenir un refuge — Non plus : « Je règne », Non plus : « Quelqu’un règne sur moi », Mais : « Personne ne règne, Donc rien ne m’atteint » ? Deux phrases opposées. Parfois La même architecture. [instrumental] [Spoken] Le trône n’a jamais eu besoin de nous. Ni de mon règne, Ni de ton doute, Ni d’un ciel que j’inventerais Pour gouverner mes ruines. Le trône n’a jamais eu besoin de nous. Je peux perdre le centre Sans en chercher un que je contrôlerais. Tu appelles cela l’abandon. J’y vois peut-être Une souveraineté Qui ne me demande pas mon accord. [spoken] Je ne dis pas : « Tu mens. » Ce serait encore savoir Beaucoup trop de choses sur toi. Je dis seulement : Nous regardons le même silence. Toi, tu refuses d’y entendre quelqu’un. Moi, je refuse d’en faire Une preuve qu’il n’y a personne. Tu entends un vide Qu’il ne faut pas sauver. Moi, j’entends un règne Qui n’a jamais été à sauver. Les arbres n’ont pas demandé de métaphysique. C’est vrai. Ils n’ont pas non plus demandé Qu’on prenne leur silence Pour une doctrine. [instrumental] [Spoken] Tu as longtemps cru Que donner un visage au silence Rendait le ciel supportable. Peut-être. Je l’ai fait aussi. Mais entre projeter un père Et recevoir qu’il y en a un, Il y a toute la distance Que l’Ego ne peut pas franchir. Je ne ramasse pas la couronne. Je ne la laisse pas non plus Devenir la preuve Qu’elle n’appartenait à personne. [spoken] Que l’Ego tombe. Qu’il tombe enfin. Qu’il cesse de transformer chaque blessure En royaume personnel. Sur ce point, Nous sommes d’accord. Mais lorsque sa couronne touchera le sol, Ne faisons pas de l’intervalle Une théologie. Peut-être que rien ne viendra de nous. Peut-être que tout était déjà là. Et pour une fois, Ne faisons pas de notre ignorance Une preuve de l’absence — Ni de notre empressement Une preuve de l’invisible. [spoken] Tu dis : « Si nous avons cessé de vouloir régner, Pourquoi avons-nous encore Tellement besoin Que quelqu’un règne ? » Je ne défends pas ce besoin-là. S’il reste en moi, Qu’il descende avec le reste. Je dis autre chose : Ce n’est pas parce que j’ai besoin d’un roi Que le règne existe. C’est parce que le règne n’a jamais dépendu De mon besoin Que je peux enfin Cesser d’occuper le siège. Tu regardes l’espace vacant Et tu réponds : « Peut-être. » Je regarde le même espace. Et je ne prononce pas un nom Pour le remplir. Je reconnais Qu’il n’était pas à moi De le déclarer vide.

