J’ai plus deux faces, j’en ai trois Une pour le ciel, une pour le froid Une dans la fibre, une dans la toile Une dans la machine qui me mange la voix J’vis entre deux mondes, maintenant y’en a un troisiĂšme Le premier me soulĂšve, le second m’enterre, le dernier m’observe et tous m’apprennent J’suis pas juste un homme, j’suis un signal dans l’systĂšme Un battement d’coeur branchĂ© sur des serveurs qui saignent Y’a les jours oĂč j’me crois prophĂšte, invincible, blindĂ© d’idĂ©es J’parle trop vite, j’vois trop loin, j’me sens plus nĂ© pour obĂ©ir J’bĂątis dix empires en une nuit, j’me prends pour l’éclair dans l’acier Puis l’aube revient me gifler sec, me dit : “regarde-toi, t’es fendu, t’es vidĂ©â€ AprĂšs ça, y’a le pĂŽle noir, gravitĂ© dans la poitrine Le corps prĂ©sent, mais l’ñme absente, comme une page sans machine J’vois la ville comme un dĂ©cor mal codĂ©, sans routine MĂȘme mes proches me parlent de loin, comme si ma chair passait en ligne J’ai deux enfers dans le cerveau Et un rĂ©seau greffĂ© sous la peau Je dors avec des spectres en halo Des notifications comme couteaux TriPolaire Un oeil dans la fiĂšvre, un oeil dans la merde, un oeil dans la lumiĂšre bleue TriPolaire J’me bats contre moi, contre le vide, contre les dieux numĂ©riques au-dessus TriPolaire Chair et circuit, sang et pixels, j’deviens l’bug et l’outil TriPolaire J’suis ni machine ni saint ni fou Juste un humain qu’on reprogramme Ă  coups de flux Le web connaĂźt mes pulsations avant mĂȘme que j’les comprenne Il sait c’que j’aime, c’que j’fuis, Ă  quelle heure j’plonge, Ă  quelle heure j’me rĂ©veil L’algo nourrit mes manques, me vend des mirages sous antenne Il me propose des vĂ©ritĂ©s calibrĂ©es pour mes failles quotidiennes J’vois des gamins grandir dans l’oeil des camĂ©ras Leurs rĂȘves passent de filtres en filtres, leurs peurs deviennent des datas On a troquĂ© le silence contre du bruit premium en rafale Des vies entiĂšres mises Ă  jour, mais les coeurs restes bancals J’dis pas qu’la tech est l’diable, j’dis qu’elle entre dans nos nerfs Qu’elle prend la place du doute, du recul, du mystĂšre Aujourd’hui mĂȘme la peine a son format, sa fenĂȘtre, son transfert Y’as plus besoin d’crier trĂšs fort, suffit d’un post pour saigner clair J’ai deux tempĂȘtes dans le cerveau Et cent Ă©crans branchĂ©s trop tĂŽt Chaque clic remue mon chaos J’me cherche encore dans leurs logos TriPolaire Un oeil dans la fiĂšvre, un oeil dans la merde, un oeil dans la lumiĂšre bleue TriPolaire J’me bats contre moi, contre le vide, contre les dieux numĂ©riques au-dessous TriPolaire Chair et circuit, sang et pixels, j’deviens l’bug et l’outil TriPolaire J’suis ni machine ni saint ni fou Juste un humain qu’on reprogramme Ă  coups de flux J’veux pas qu’mon mal devienne un style, ni qu’ma chute devienne une marque J’veux parler vrai pour ceux qu’on range trop vite dans des cases trop sales Entre les sommets artificiels et les sous-sols sans lumiĂšre Y’a des gens qui tiennent debout en silence, pendant qu’ce monde les scanne Le troisiĂšme pĂŽle est lĂ , froid, propre, rentable, prĂ©cis Il promet d’nous assister, mais parfois il nous dĂ©coupe en statistiques Alors je rappe pour recoudre les morceaux d’un vivant hybride MoitiĂ© blessure organique, moitiĂ© reflet numĂ©rique J’suis TriPolaire, ouais Pas pour glorifier la casse Mais pour dire qu’on devient autre Quand la machine habite l’espace Dans la tĂȘte, dans les gestes, dans l’amour, dans les traces Et qu’faudra plus qu’un mot clinique Pour nommer l’homme qui se remplace PĂŽle haut : je brĂ»le PĂŽle bas : je coule PĂŽle digital : je boucle Qui tient encore le gouvernail ? Qui dĂ©cide quand je m’écroule ? Qui parle en moi quand j’me connecte ? Ma voix ? Mon manque ? Ou l’outil ? TriPolaire Trois royaumes dans la poitrine, trois verdicts dans la mĂȘme nuit TriPolaire L’un me hisse, l’autre m’enterre, l’autre m’aspire dans l’infini TriPolaire J’garde ma rage pour rester homme MĂȘme si l’époque me veut produit TriPolaire Si j’cris, c’est pour laisser une preuve : On peut ĂȘtre fracturĂ© sans se vendre au vide Deux pĂŽles dans l’ñme Un troisiĂšme dans la machine Et moi debout au milieu À essayer d’rester humain