
Gens de Mer
[Couplet 1] Ma fée, j’ai lu tes mots comme on lit l’état d’un ciel Quand la mer veut faire croire qu’elle ne donnera plus rien de réel Tu dis qu’t’abîmes tout, même ceux qui tiennent encore Mais moi j’vois surtout quelqu’un qui saigne et qui s’en veut plus fort que la mort J’en ai vu, des coques fendues, des mâts brisés dans l’grand vent Des navires qui prenaient l’eau sans comprendre depuis quand Et j’peux t’jurer sur la mer, sur l’acier, sur mes vieux jours Qu’un bâtiment blessé n’est pas mauvais juste parce qu’il rentre avec des jours trop lourds [Pré-refrain] Tu t’vois comme la tempête moi j’te vois comme l’après Quand tout tremble encore un peu mais qu’la lumière revient [Refrain] Tu n’es pas la ruine, ma belle Tu n’es pas le mal que tu te racontes à toi-même Tu fais des fautes, oui, comme tous ceux qui ont peur Mais ça n’efface pas la beauté qu’il reste dans ton cœur Tu n’es pas la lame entière Tu n’es pas la nuit, ni le pire de tes guerres Et même si t’as blessé ce que t’aimais parfois Ça ne fait pas de toi un monstre ça fait de toi quelqu’un qui s’est perdue en soi [Couplet 2] Tu dis qu’tu comprends trop tard, quand il n’y a plus de main Quand le silence revient s’asseoir là où battait quelqu’un Je connais ça aussi, ma belle, sous d’autres noms, d’autres ports Le moment où l’on voit trop net ce qu’on a laissé dériver dehors Mais écoute un vieux pirate un peu cabossé par le sel : Y a des cœurs qui cognent trop fort parce qu’ils ont connu le gel Y a des gens qui fuient d’avance pour pas crever sous l’abandon Et ça n’excuse pas toutes les peines mais ça dit déjà que t’es pas vide au fond [Pré-refrain] Tu voulais pas détruire tu voulais juste survivre Et parfois ceux qui ont peur apprennent mal à aimer libre [Refrain] Tu n’es pas la ruine, ma belle Tu n’es pas le mal que tu te racontes à toi-même Tu fais des fautes, oui, comme tous ceux qui ont peur Mais ça n’efface pas la beauté qu’il reste dans ton cœur Tu n’es pas la lame entière Tu n’es pas la nuit, ni le pire de tes guerres Et même si t’as blessé ce que t’aimais parfois Ça ne fait pas de toi un monstre ça fait de toi quelqu’un qui s’est perdue en soi [Pont – doux, fragile] Et si t’as tout gâché parfois… alors pleure-le, oui. Regarde-le en face. Nommes-en les cendres. Mais ne te condamne pas à vivre comme si tu n’étais plus que ça. Un naufrage n’est pas un nom. Une erreur n’est pas une âme. Et moi, quand je te lis, je n’vois pas une femme mauvaise… je vois une femme blessée qui voudrait enfin cesser de faire la guerre à elle-même. [Couplet 3] Tu croyais peut-être qu’aimer demandait d’être sans faille D’être simple, d’être droite, de n’jamais trembler sous la taille Mais non, ma fée… parfois aimer c’est déjà dire “j’ai peur” C’est déjà immense quand on a passé des années à cacher ses voies d’eau sous des fleurs Alors non, j’te dirai pas qu’t’as jamais fait de mal Ni qu’tes absences n’laissent jamais de sel sur les escales J’te dirai mieux : t’es encore là, donc rien n’est tout à fait mort Et tant qu’un cœur sait reconnaître sa faute il lui reste encore du vivant dans le corps [Refrain final] Tu n’es pas la ruine, ma belle Tu n’es pas le mal que tu te racontes à toi-même Tu fais des fautes, oui, comme tous ceux qui ont peur Mais ça n’efface pas la beauté qu’il reste dans ton cœur Tu n’es pas la lame entière Tu n’es pas la nuit, ni le pire de tes guerres Et si tu veux changer la route, alors commence par là : Ne plus te haïr assez fort pour finir par croire que tu n’es que ça [Outro] Tu fais pas exprès… et non, ça n’efface rien. Mais ça veut dire une chose : au fond de toi, il y a encore quelqu’un qui souffre de blesser. Et quelqu’un qui souffre de blesser n’est pas perdu. C’est juste quelqu’un qui a besoin d’apprendre à se traiter avec assez de douceur pour ne plus saigner sur ceux qu’il aime.

