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Décalage horaire, ch. 6, partie 1 (Version rock)

V6

Je m'entraîne à un art martial anglais, très difficile à maîtriser pour une Française… être polie : Je suis désolée, désolée, désolée et encore désolée. Pas très courant chez les grenouilles ! La tête sous la guillotine, le Gaulois ne reconnaît jamais ses torts. L'erreur est une faiblesse. L'excuse, une capitulation. Mieux vaut mentir avec arrogance que mourir de honte ! Question d'honneur ! Le Frog ne négocie qu'en position de force et ne s'excuse jamais. Trop risqué pour son ego. Moi, par contre, je n'ai jamais eu de problème à m'excuser. Faut dire que depuis le coup de Jarnac du géant plus grand que son ego, c'est politiquement imposé ! J'ai appris très tôt que pour ne pas m'attirer les foudres de guerre de ceux qui, pour noyer leur chien, l'accusent de la rage, il fallait, a minima, que je m'excuse de ce dont je n'étais pas responsable, et accessoirement de qui j'étais, parce qu'apparemment, être moi-même ne conviendrait pas à tout le monde. Logique, chacun est unique, mais d'aucuns semblent l'ignorer, alors, ça fait des années que je m'exerce à m'excuser : — Je m'excuse d'être victime de mes peurs, sinon je n'écrirais pas ce bouquin. Parce qu'apparemment, je serais une des rares à m'intéresser à ce qui se cache dans l'inconscient. Pas assez rémunérateur, y paraît. Aucun intérêt. — Je m'excuse de regarder les colibris dans mon hamac, pendant que d'autres travaillent, enfin j'en connais qui le font croire, à défaut de me payer pour le mien ! — Je m'excuse d'écouter le rire des enfants à la mer, au lieu de TeleKata 24/24. Entre sourire et faire la tronche, mon choix est fait ! — Je m'excuse d'écrire les nombres et les numéros, en chiffres, parce que c'est plus facile à lire dans toutes les langues, astuce de dyslexique ! — Je m'excuse de ne pas avoir eu d'enfants, parce qu'une fana de bistouri m'a retiré les ovaires, sans me demander mon avis. Celle-là même qui dort avec la conscience tranquille, et se fout royalement de ma vieillesse prématurée, des dérèglements hormonaux qu'elle a provoqués. Oui, j'avoue, je suis un peu énervée. Le docteur — Qu'est-ce que c'est aujourd'hui ? L'infirmière — Hystérectomie. Le docteur — On ouvre, j'enlève les ovaires aussi, allez hop ! De toute façon, elle ne s'en apercevra pas, elle dort. La sécu non plus, d'ailleurs, comme ça, je facturerai le double. L'infirmière — Il faut noter une bonne raison pour ça, docteur. Le docteur — Mettez "en prévention", ça passe toujours, et c'est pas faux, en prévention de ma retraite ! — Je m'excuse de ne pas être en couple, car j'ai pris le temps d'écrire un livre pour me remettre du précédent. — Je m'excuse d'avoir des courbes voluptueuses, très à la mode dans les années 50. — Je m'excuse d'être grande dans le Sud, car les hommes m'arrivent aux aisselles. — Je m'excuse d'être surdiplômée, car en France, on me demande encore de justifier mes compétences sans jamais les payer, même pas honte ! — Et bien sûr, je m'excuse de m'excuser d'être tellement humble, ça compense ! — Mais par-dessus tout, plus que tout, et surtout, je m'excuse de ne pas être à l'heure ! Car il y a du grand art dans mes retards, sans que j'y travaille beaucoup.