
[Introduction – déclamée avec une lenteur théâtrale] « ¡Yo, yo, yo… siempre yo! El único sujeto digno del universo blando y derretido. Soy el poeta supremo, el pintor de relojes que se corren de envidia ante mi ombligo. Contempladme… porque yo ya me contemplo todo el tiempo. » Moi, moi, moi… toujours moi, le seul sujet digne de l’univers mou et fondant. [Couplet 1] Je me contemple, je me contemple, je me contemple encore, dans la cuillère d’argent où mon visage se liquéfie en chef-d’œuvre absolu. Quelle splendeur, quelle splendeur, quelle splendeur vaniteuse ! Même mon haleine matinale exhale des versets de velours vaniteux et vaporeux. Jadis — ah ! jadis, quand j’étais déjà moi avant le temps lui-même — j’ai écrit un alexandrin sur mon orteil gauche qui pleurait de beauté pure. Aujourd’hui je compose des symphonies sur la courbe parfaite, la courbe parfaite, la courbe parfaite de mon nombril divin et doux. [Refrain] Ô nombril, nombril, nombril mou et majestueux, gouffre de velours où je tombe, où je tombe, où je tombe avec grâce infinie ! Tu es plus profond que l’océan, plus rond que la lune jalouse et jalouse, et je m’y noie voluptueusement, voluptueusement, voluptueusement… dans ma propre splendeur, nom de Dieu, quelle merveille je suis, je suis, je suis ! [Couplet 2] Hier — ou était-ce demain ? le temps se tord comme une montre molle devant mon génie — j’ai rêvé que j’étais une licorne en érection poétique qui se masturbait l’âme en regardant son propre reflet dans un nuage insolent. Le nuage, ce vulgaire cumulus, osait me ressembler ! Quelle audace, quelle audace, quelle audace délicieuse ! Mes larmes ? Des perles de sperme céleste qui coulent sur mes joues de marbre lisse. Mes pets ? De petits haïkus parfumés à la transcendance et à la rose fanée de luxe. Quand je tousse, les anges notent frénétiquement dans leurs carnets en soie : « Il tousse… et même sa toux est un événement cosmique, cosmique, cosmique. » [Verset – Le Pouvoir Divin de Ma Composition] Je compose, je compose, je compose avec une puissance phallique et fondante, ma main molle et magistrale fait naître des mondes qui bandent pour moi seul. Jadis — ah ! jadis, quand le néant osait exister avant moi — je peignais déjà des horloges qui se liquéfiaient de jalousie devant mon talent transcendant. Mes vers ? Des éjaculations lyriques qui fécondent le vide cosmique avec ferveur. Mes toiles ? Des ventres de vierges surréalistes qui accouchent de mon visage en fusion flamboyante. Je trempe mon pinceau dans l’encre de mon propre sang narcissique et noble, et hop ! une symphonie de couleurs explose en criant mon nom, mon nom, mon nom ! Quelle virtuosité, quelle virtuosité, quelle virtuosité obscène et sublime ! Je fais danser les mots comme des putains de luxe sur la scène de mon ego immense. Je fais fondre les montagnes en portraits de moi plus beaux que Dieu un dimanche matin. Le pinceau tremble entre mes doigts divins, il jouit littéralement de me servir… et moi, moi, moi, je reste là, impassible, à contempler mon génie qui bande pour son propre reflet. [Pont] Je danse, je danse, je danse sur la pointe des mots en chaussettes de soie surréaliste, léger comme une plume de paon qui fait la roue devant son propre cul divin. Profond ? Je suis si profond que les philosophes viennent y boire comme des chiens assoiffés de moi. Léger ? Je flotte au-dessus de l’humanité telle une merde dorée dans un ciel de cristal pur. [Refrain Final – encore plus arrogant] Ô nombril, nombril, nombril, mon trou sacré, mon autel mou et mouillé, je tombe, je tombe, je tombe et je m’y retrouve toujours plus beau, plus beau qu’hier, plus beau que demain, plus beau que tous les crétins qui osent exister. Le cosmos n’est qu’un vulgaire décor en carton-pâte pour mettre en valeur… moi, moi, moi ! [Outro – murmuré avec une arrogance suprême et un sourire satisfait] Et lorsque je mourrai — tragédie absolue pour l’art universel et pour l’univers lui-même —, enterrez-moi dans un cercueil en forme de mon profil parfait et pommelé, avec une épitaphe gravée en lettres d’or fondu et fondant : « Ici repose le plus grand, le plus beau, le plus profond… moi. Simplement moi. Magnifiquement moi. Éternellement moi. » (fin sur un long silence prétentieux, suivi d’un rot élégant en do majeur qui résonne comme une signature artistique)

