Nous sommes tous, tous, tous des terroristes. Pas un dĂ©mocrate en Europe n’existe. Contre les femmes nous dressons notre loi, Contre les enfants qui nous donnent leur foi, Mais jamais contre l’État et son pouvoir Ă  lui. DĂšs l’aube la foule crie dĂ©jĂ  dans la rue : « Pourquoi rien ne marche ? OĂč est l’aide due ? » Terroristes contre l’amour et ses douceurs, Contre les paresseux, contre les voleurs — Mais contre l’État, aucune fureur. Pourtant l’État reste le pire des flĂ©aux, Qui depuis des siĂšcles nous broie jusqu’aux os. Chacun n’est qu’une cheville oĂč s’enfonce la force, L’État y plante le clou de sa toute-puissance sourde. C’est lui qui fait de nous tous des bourreaux, Nous sommes ses produits, enfants de son troupeau. Terroristes contre le moindre silence, Contre la libertĂ©, contre la nature en Ă©vidence, Contre les autres — car leur sort ne pĂšse guĂšre — Mais face Ă  l’État, nulle rĂ©volte n’éclaire. Sais-tu ce que signifie : prĂ©fet de police ? RĂ©giment d’infanterie, machine de service ? Commissaire, cabinet ou grand chancelier ? Ça veut dire le pouvoir, le rĂšgne sans rivage. Parlement ou maire ? Toujours le mĂȘme message : « Prends garde Ă  toi ! » du soir jusqu’au matin. D’autres dĂ©cident si tu vis ou si tu meurs ; D’autres dictent tes pensĂ©es, tes rĂȘves et tes peurs — Et te nomment soudain terroriste d’État. Tu reçois ton titre, ton brevet de soldat. Tu deviens le fort face aux faibles d’en bas, Et tu dis : « Que veux-tu que j’y fasse, ma foi ? Je ne peux pas vivre sans l’État sur moi ! » Alors tu vis avec lui, c’est plus doux au retour. Tu chantes l’hymne et marches au pas du tambour. Fonctionnaire, patron ou ouvrier sans voix, Tu pars en retraite et murmures cette fois : « Allez vous faire foutre
 je suis bien chez moi. » Oui, nous sommes tous, tous, tous des terroristes. On l’appelle autrement — la nuance est triste. Terroristes contre la vie et son Ă©lan, Contre le rĂȘve, le doute et le flottement, Contre les poĂštes, contre les fous d’espoir, Contre les chanteurs et leurs guitares du soir, Contre le sexe, contre tout, par habitude pure — Il faut bien haĂŻr quelque chose, sinon c’est trop dur. Terroristes contre tout ce qui vit sous nos toits — Sauf contre une seule chose : l’État et ses lois.