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3 - Le palier

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V5.5

Le seul endroit où tout le monde veut monter... sans jamais regarder en bas. Ding... Les portes s'ouvrent. Le hall est plein. Des mains levées. Des yeux fatigués. Des promesses suspendues aux lèvres. Au fond... Une vieille femme tient un ticket. Elle le serre comme si c'était encore un espoir. Les portes s'ouvrent. Ils entrent. Ils sourient. Ils saluent. Ils embrassent des enfants. Ils serrent des mains. Ils promettent de revenir. Le hall applaudit. L'ascenseur monte. Premier palier. À gauche... Les murs sont rouges. On parle des épaules qui portent le pays. Des mains calleuses. Des fins de mois. Les mots sont grands. Les chaussures... Beaucoup moins sales que celles dont ils parlent. Deuxième palier. À droite... Les boiseries brillent. Les montres aussi. On parle d'effort. De mérite. De réussite. Je cherche les ouvriers. On me montre les graphiques. Troisième palier. Un jardin suspendu. Des feuilles impeccables. On promet de sauver les racines. En bas... Le béton continue de pousser. Quatrième palier. Des murs fraîchement repeints. Les slogans sentent encore la peinture. On promet de refaire toute la maison. Je demande : Les fondations sont solides ? On me répond : On changera d'abord la façade. Les portes se referment. Les caméras s'allument. Les voix montent. Les doigts accusent. Les pupitres tremblent. Les journalistes notent. Les caméras s'éteignent. Le silence. Puis... Tu m'attends au restaurant ? Comme d'habitude. Le moteur couvre les rires. Plus je monte... Moins les couleurs existent. Les vestes changent. Les poignées de main... Jamais. Une immense salle. Une table. Des fauteuils. L'un d'eux est plus grand. Personne ne dit le vouloir. Personne... Ne cesse de le regarder. Les débats reprennent. Les micros crépitent. Les indignations aussi. Les portes se ferment. Une voix murmure : Tu prends quoi ? Comme toi. Je regarde les couloirs. À gauche, ils regardent la droite. À droite, ils regardent la gauche. Au centre, ils regardent les sondages. Personne... Ne regarde le hall. Je m'approche de la fenêtre. La France est magnifique. Les montagnes. Les rivières. Les lumières. Je cherche les habitants. On me répond : Les statistiques suffisent. Les portes s'ouvrent. Je redescends. À chaque étage... Les couleurs changent. Les visages... Beaucoup moins. Rez-de-chaussée. La vieille femme est toujours là. Elle demande : Alors... qui a gagné ? Je regarde l'ascenseur. Je regarde les étages. Je réponds : Les couleurs se disputent les murs... mais l'ascenseur connaît déjà son chemin. Elle baisse les yeux. Les portes s'ouvrent. Une nouvelle équipe monte. Le hall applaudit. Comme hier. Comme demain. Ding... Je sors. Je me retourne une dernière fois. Les portes se referment. Et je comprends enfin... On ne leur demandait pas de changer le bâtiment. Seulement d'arriver les premiers au dernier étage