
Dans un coin du monde, au bord du rien, Un enfant joue, les mains de rien, Sous un soleil sans or ni maître, Il bâtit l’aube avec pour être. Son rire fend la soif, la nuit, Ses yeux, deux perles dans la pluie, Cherchent des ciels qu’on ne marchande, Et des étoiles qui se répandent. Il n’a ni montre, ni trésor, Ni murs dorés, ni coffre-fort, Mais dans la poussière il découvre Un paradis que nul ne couvre. Son pain se partage en poussière, Et dans ses doigts, la vie s’éclaire, Car il possède ce qu’on ignore : Le luxe simple de l’aurore. Un peu plus loin, sur d’autres terres, Vit un empire en col de verre, Un homme au cœur déjà fermé, Sous ses bilans bien affirmés. Il compte, il signe, il spécule, Et son âme, au fond, recule, Sous ses néons sans horizon, Il a tout pris, perdu raison. Ses murs transpirent d’indifférence, Son vin n’a plus de transparence, Et chaque billet qu’il empile Pèse un silence inutile. Il croit s’asseoir sur le tonnerre, Mais son trône n’est que poussière, Son rire s’éteint dans le cristal, Son or devient son grand cheval. Quand il croise un regard d’enfance, Il détourne, peur ou souffrance ? Là où brille une âme affamée, Il ne voit qu’un corps condamné. L’enfant pourtant lève la tête, Et dans ses yeux, la vie s’apprête : Une flamme nue, sans rancune, Qui tient tête même à la lune. Le riche s’enfuit, lourd de vide, Sous son manteau de certitudes, Il porte en lui comme un empire, Qui s’effondre sans même un rire. Car que vaut l’or sans l’espérance ? Que vaut un toit sans l’enfance ? Un compte plein, un cœur désert, Une vie close, un souffle amer. L’enfant s’endort sous les étoiles, Son monde tient dans une toile, Un ciel troué, un souffle chaud, Un rêve tissé dans un ruisseau. Et quand l’aube ouvre sa paupière, Son âme danse, libre et fière, Car il sait mieux que les puissants, Que vivre, c’est sentir le vent. Le riche, lui, s’éveille à peine, Dans ses draps lourds de porcelaine, Son regard vide, un peu de plomb, Cherche un reflet au fond du son. Il compte encore, il recompte, il ment, Pour ne pas voir qu’il n’a plus rien, Et dans sa glace d’argent terni, C’est son absence qu’il bénit. Ô monde étrange où l’or s’admire, Et où la faim apprend à rire, Où le vrai poids n’est pas la pierre, Mais ce qu’on donne à la lumière. L’enfant s’en va, léger, vivant, Le cœur immense et flamboyant, Le riche reste, lourd d’absence, Sous ses trésors sans existence. Et moi, témoin de leurs chemins, Je pose ma plume dans la main, De cet enfant au front d’orage, Qui sait la vie sans héritage. Car sous ses cils brûle un éclat, Qu’aucun banquier n’achètera, Et dans son rire qui s’élance, Je vois l’éternité d’enfance.

